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D-E-F-G-H-
I-J-K-L-M-
N-O-P-Q-R-
S-T-U-V-W-
X-Y-Z
A
ACADIE
1713: L'Acadie est cédée à l'Angleterre. Très rapidement, il devient évident que les nouveaux dirigeants anglais n'ont aucune intention de respecter les libertés des Acadiens. On les empêche de quitter le territoire conquis pour éviter qu'ils aillent s'allier aux forces de la Nouvelle-France. On a également besoin d'eux pour fournir les garnisons anglaises en nourriture. En 1730, le lieutenant Lawrence Armstrong commence à octroyer des terres à des colons bostonnais mais refuse d'en faire autant pour les Acadiens dont la population s'accroît sans cesse.
1749: L'Acadie, maintenant rebaptisée «Nova Scotia», est l'objet d'un nouveau plan de colonisation de la part de l'Angleterre. On envoie 2500 colons anglais, irlandais et allemands. On fonde également Halifax qui deviendra le siège du gouvernement local. Plusieurs Acadiens émigrent vers les terres françaises de l'île Saint-Jean (aujourd'hui l'Île-du-Prince-Edward).
1755 : Les Acadiens refusent de prêter serment à la couronne britannique. Désireux d'empêcher ces valeureux colons français de quitter l'Acadie pour aller défendre le Canada, le gouverneur Charles Lawrence met sur pied un projet militaire. Il s'empare de la population désarmée, l'entasse sur des navires et la disperse par groupes dans les colonies américaines. Les familles sont déchirées, les enfants séparés de leurs parents et les maris de leurs épouses. C'est la déportation des Acadiens, un des crimes les plus odieux de toute l'histoire de la Nouvelle-France. On compte environ 12 000 personnes ainsi déportées. Lawrence ordonne à ses hommes: "Vous devez faire tous les efforts possibles pour réduire à la famine ceux qui tenteront de s'enfuir dans les bois."
1763 : Suite à une hausse des prix des marchandises par les Anglais, plusieurs milliers d'Amérindiens s'insurgent, désireux de venger leurs alliés et de redonner le territoire au roi de France. Les Anglais se voient obligés de concéder la région des Grands Lacs à Pontiac et à ses alliés.
La même année, la France signe le traité de Paris par lequel elle choisit conserver le sucre de la Guadeloupe et abandonner la Nouvelle-France. Voltaire écrit même «On plaint ce pauvre genre humain qui s'égorge dans notre continent à propos de quelques arpents de glace en Canada (...) quelques arpents de neige qui ne valent pas les os d'un grenadier français.» Abandonnés de la mère-patrie, les Canadiens vont bien devoir apprendre à cohabiter avec l'envahisseur.
1755: LE DÉBUT DU CAUCHEMAR
Après la chute du fort Beauséjour au printemps de 1755, les autorités britanniques d'Halifax mirent officiellement en branle leur projet de déportation de la population francophone d'Acadie. Les autorités interdirent d'abord aux habitants l'usage d'armes et d'embarcations. Mais c'est en septembre 1755 que le véritable cauchemar commença. Le 5 du mois, le lieutenant-colonel John Winslow réunit les hommes de la région dans la petite église de Grand-Pré pour leur lire l'édit de la déportation. Les pauvres paysans apprirent avec horreur que «Son Excellence le gouverneur Lawrence» était dès lors autorisé par Londres de confisquer «vos terres, vos maisons, votre bétail et vos troupeaux de toutes sortes (…) avec tous vos autres effets, excepté votre argent et vos mobiliers, et que vous-mêmes vous devez être transportés hors de cette province.»
L'annonce du lieutenant-colonel John Winslow
Malgré la promesse faite aux Acadiens qu'ils pourraient conserver certains effets personnels comme leur mobilier, les Britanniques s'emparèrent de tout avant de les entasser de force sur les bateaux. Les familles furent déchirées, contrairement à une autre promesse qui leur avait été faite. Le gouverneur Lawrence, dans une lettre adressée au colonel Monckton, écrit: «Je ne vous demande pas d'attendre que les femmes et les enfants s'embarquent, envoyez les hommes sans eux.» Une fois débarassés des habitants, les Britanniques entreprirent de brûler les maisons et de s'emparer du bétail. Le cruel Lawrence ordonna encore: «Vous devez faire tous les efforts possibles pour réduire à la famine ceux qui tenteront de s'enfuir dans les bois.»
Les Britanniques entreprirent de brûler les
maisons et de s'emparer du bétail Environ 12 000 habitants acadiens désarmés et sans défense furent ainsi déracinés de leur patrie et envoyés en exil vers des destinations qui leur étaient inconnues. Ils se retrouvèrent bientôt dispersés et abandonnés dans les colonies britanniques de la côte atlantique.
Les conséquences des tentatives d'évasion étaient très graves. Winslow avait prévenu les Acadiens que si après deux jours, les absents ne se livraient pas aux autorités, leurs proches seraient alors éxécutés.
APRÈS 1755: LE CAUCHEMAR CONTINUE
En 1756, l'armée britannique captura un groupe d'Acadiens qui s'étaient réfugiés au Cap Sable. Certains furent exilés à Boston, d'autres en France. En 1758, les Britanniques entreprirent de perpétuer leur horrible entreprise à l'Île Saint-Jean (aujourd'hui l'Île-du-Prince-Édouard). Environ 3500 Acadiens furent déportés de l'île vers la France. De ce nombre, 700 perdirent la vie en mer lorsque deux des bateaux coulèrent.
DESTINATION: MASSACHUSETTS
Le gouverneur de cette colonie, William Shirley, avait collaboré avec Lawrence et approuvait son projet de bannir les Acadiens. Il considérait que les Acadiens étaient les habitants les plus «odieux» du continent, une menace potentielle aux portes de sa colonie. Il avait envoyé plusieurs soldats pour attaquer le fort Beauséjour et pour aider Lawrence dans ses entreprises. Plus de déportés furent donc envoyés dans cette colonie qu'à n'importe quel autre endroit. Les autorités attendaient les exilés et il semble que les malades et blessés reçurent des soins médicaux. Toutefois, plusieurs enfants furent arrachés à leurs familles pour être placé en adoption dans des familles anglo-américaines.
DESTINATION: THE CAROLINAS
Environ 1000 Acadiens se retrouvèrent dans les Carolines. On leur permit d'entrer mais seulement pour les inviter à quitter. Ils repartirent presque tous pour le nord, complètement démunis et à pied. La plupart moururent en chemin. D'autres furent tenus prisonniers jusqu'en 1763, après quoi ils se rendirent en Louisiane.
DESTINATION: GEORGIA
Plusieurs Acadiens (environ 400) furent envoyés en Géorgie. Certains d'entre eux furent mis au service de grands propriétaires terriens qui leur imposèrent des conditions de travail aussi terribles que celles subies par les esclaves noirs. Plusieurs s'enfuirent vers les Carolines et se joignirent aux autres Acadiens qui organisaient leur retour vers le nord. En 1756, la Géorgie autorisa tous les autres Acadiens de quitter son territoire. Ceux qui étaient restés se réfugièrent donc à l'Île Saint-Jean et seront déportés une deuxième fois par les Britanniques en 1758.
L'exil d'un peuple
DESTINATION: MARYLAND
Les habitants du Maryland étant eux-même majoritairement catholiques, ils montrèrent beaucoup de sympathie à l'égard des Acadiens. Environ 900 exilés furent envoyés dans cette colonie. La plupart trouvèrent du travail et furent employés dans la construction. En 1763, ils furent autorisés à quitter et plusieurs se rendirent en Louisiane ou reprirent le chemin de l'Acadie dans l'espoir de retrouver leurs terres (une bien mauvaise surprise les attendait). D'autres choisirent de rester au Maryland. Ils s'établirent à proximité de Baltimore dans une banlieue qu'on baptisa «Frenchtown».
DESTINATION: NEW YORK
Les quelques 300 Acadiens qui furent envoyés dans cette colonie se virent presqu'immédiatement séparés de leurs proches et dispersés. En 1756, les autorités décrétèrent que tout Acadien de moins de 21 ans devait s'établir dans une famille anglo-américaine. L'objectif de cette maeuvre était bien sûr d'assimiler la jeune génération. En 1763, les Acadiens reçurent la permission de partir et la majorité d'entre eux quittèrent pour se rendre en Louisiane, en Martinique ou en République Dominicaine.
DESTINATION: PENNSYLVANIA
L'arrivée des Acadiens fut une surprise pour les autorités coloniales de Pennsylvanie qui leur refusèrent la permission de débarquer des bateaux. Plusieurs des exilés moururent de petite vérole et d'autres maladies. Les survivants furent séparés. Les adultes furent envoyés à des riches propriétaires terriens qui les traitèrent comme leurs esclaves noirs, les enfants furent envoyés dans des familles de l'endroit pour être assimilés. En 1763, la majorité des Acadiens choisirent de quitter la Pennsylvanie pour la province de Québec, la Louisiane ou les Antilles.
DESTINATION: VIRGINIA
La Virginie refusa carrément d'accepter les quelques 1200 Acadiens qui furent envoyés vers ses côtes. Les bateaux prirent donc le chemin de l'Angleterre. Des centaines d'Acadiens moururent de la petite vérole pendant le voyage. Les survivants furent incarcérés comme prisonniers de guerre en Angleterre et plusieurs autres encore perdirent la vie. En 1763, les quelques 750 survivants furent envoyés en France.
DESTINATION: LOUISIANE
Comme nous l'avons vu plus haut, plusieurs Acadiens prirent le chemin de la Louisiane lors de la signature du traité de Paris en 1763. Ils croyaient alors se diriger vers l'un des derniers territoires français d'Amérique du Nord. Or, ce qu'ils ne savaient pas, c'est que la France avait cédé la Louisiane à l'Espagne la même année.
Les autorités espagnoles accueillirent toutefois les Acadiens à bras ouverts. À la Nouvelle-Orléans, on nomma Ansèlme Blanchard commissaire aux Acadiens. C'est lui qui eut le rôle d'accueillir les exilés au nom des autorités de la Louisiane espagnole. Ils vit à leurs besoins immédiats, les enregistra, leur donna pleine liberté dans le choix de leurs terres et les conseilla même sur la construction de leurs nouvelles habitations. On mit également à leur disposition une aide financière, des outils et des vivres. Rapidement, la plupart des Acadiens furent établis à Manchac et sur les rives du Mississippi.
Les Espagnols avaient toutefois beaucoup de difficultés avec les noms français et plusieurs furent «hispanifiés» pour des raisons pratiques. Ainsi, Joseph Leblanc devint José Blanco et ainsi de suite. Les noms qui ne se traduisaient pas facilement furent transformés phonétiquement, LeJeune par exemple devint El Joven et Babin devint Vaven.
L'excellent traitement que reçurent les Acadiens en Louisiane traversa rapidement l'Atlantique et plusieurs Acadiens qui avaient été exilés en France organisèrent le retour de leurs familles en Amérique. La population acadienne de la Louisiane augmenta très rapidement, en particulier dans le district de Valenzuela où la ville de La Fourche avait la plus grande concentration d'habitants acadiens.
La transplantation des Acadiens en Louisiane fut un immense succès et plusieurs villages firent leur apparition (Saint-Martinville, Iberville, Saint-Landry, etc.) Les descendants de ces vaillants Acadiens (prononcé «Acadjan») sont maintenant connus sous le nom de Cajuns (prononcé «Cadjan»).
DESTINATION: NOVA SCOTIA
Plusieurs Acadiens choisirent plutôt de retourner en Acadie. En 1763 par exemple, une soixantaine de familles qui avaient été envoyées à Boston décidèrent de rentrer à pied (hommes, femmes parfois enceintes et enfants). Leur intention était de réintégrer leurs maisons et leurs fermes. Ceux qui survécurent à ce périple de 1800 milles arrivèrent pour découvrir que tout avait changé. Des familles britanniques occupaient maintenant leurs terres et leurs maisons. La vue de ces Acadiens affamés, hirsutes et épuisés effraya les enfants des nouveaux habitants. Ils étaient devenus des étrangers dans ce pays qui leur appartenait pourtant de plein droit. Ils se mirent à la recherche d'un coin de pays où ils pourraient s'établir.
Rapidement, à la demande des nouveaux habitants apeurés, les autorités britanniques décidèrent d'intervenir. Plusieurs des exilés s'enfuirent vers l'Île Saint-Jean (maintenant rebaptisée Prince-Edward-Island). Les autres furent capturés et on les força à accomplir toutes sortes de tâches pour les nouveaux propriétaires comme réparer les digues, tels de véritables esclaves.
l'ACADIE D'HIER À AUHOURD'HUI
Les Acadiens contre vents et marées:
1524: C'est l'explorateur Verrazzano qui aurait d'abord donné à la région le nom d'«Accadie». Ce nom provient peut-être de «Arcadie» (légendaire province de la Grèce antique) ou encore «La Quoddy» ou «La Cadie» (une adaptation française d'un mot micmac qui signifierait «endroit fertile»).
1605: Les premiers colons français débarquent avec Samuel de Champlain dans la Baie Française (aujourd'hui rebaptisée la Baie de Fundy). Champlain fonde Port-Royal (aujourd'hui Annapolis en Nouvelle-Écosse). Les habitants adoptent très tôt le nom «Acadiens». Au cours des années, ils développeront leur propre culture, leurs propres coutumes et une variété de français unique au monde (le français acadien). On y retrouve plusieurs particularités du français parlé dans le Poitou à cette époque.
1607: Port-Royal est capturé et détruit par les Britanniques. Les Français ne se laissent toutefois pas décourager et rebâtissent l'établissement quelques années plus tard.
1613: Malgré le fait que la France et l'Angleterre soient en temps de paix, le capitaine Samuel Argall de Virginie attaque l'Acadie. Il s'empare du nouvel établissement de Saint-Sauveur puis pille et incendie Port-Royal pendant que ses habitants sont absents.
1621: Le roi d'Angleterre revendique l'Acadie qu'il rebaptise «Nova Scotia» (Nouvelle-Écosse). Il cède la colonie à un gentilhomme écossais, Sir William Alexander.
1628: Alexander installe une garnison de 70 hommes à Port-Royal qu'il rebaptise Fort Charles.
1613: Port-Royal en flammes
1629: Suite au traité de Suze, le cardinal de Richelieu exige que l'Acadie soit restituée à la France. Les Anglais sont forcés de quitter. L'Acadie et Port-Royal retrouvent leurs noms originaux.
1654: L'Angleterre déclare l'Acadie «possession illégitime des Français» et entreprend une reconquête. Le major Segewick attaque et s'empare à nouveau de l'Acadie.
1657: La France considère toujours que l'Acadie lui appartient et Mazarin nomme LeBorgne gouverneur. Mais les Anglais occupent toujours le territoire et nomment leur propre gouverneur de Nova Scotia.
1667: Avec le traité de Bréda, l'Angleterre accepte de restituer l'Acadie à la France en échange d'îles dans les Antilles. LeBorgne est confirmé dans ses fonctions.
1670: Hector D'Andigné, sieur de Grand Fontaine est nommé gouverneur de l'Acadie. Il entreprend un grand recensement acadien qui révèle une population d'environ 500 personnes. LeBorgne devient gouverneur de Port-Royal.
1676: Frontenac, gouverneur de la Nouvelle-France, concède la région de Beaubassin à Michel Leneuf de La Vallière pour qu'il voit à son peuplement et à son développement.
1680: Pierre Thérriot et plusieurs autres Acadiens quittent Port-Royal pour aller s'installer à Bassin des Mines. Des digues sont construites pour assécher de nouvelles terres cultivables.
1690: L'amiral Phipps assiège Port-Royal avec quatre navires de guerre. La garnison française ne compte que 70 hommes contre 700 soldats anglais. Les Français capitulent. Phipps ne respecte pas les termes de la capitulation et ordonne à ses hommes de piller et brûler les maisons avant de repartir pour attaquer Québec. Il sera défait à Québec la même année. Plusieurs habitants acadiens abandonnent Port-Royal en ruines pour s'installer à Jemseg sur la rivière Saint-Jean.
1691: Le capitaine britannique Edward Tyng se rend à Port-Royal avec une nouvelle garnison. Il est capturé et fait prisonnier par le gouverneur français, Joseph de Villebon. Ce dernier décide que Port-Royal est trop risqué et il érige un nouveau fort à Nashwaak.
1697: Avec la paix de Ryswick, l'Angleterre reconnaît une fois de plus l'Acadie comme territoire français. La paix sera toutefois de courte durée.
1698: Pierre Thibodeau fonde Petitcodiac et Chipoudy.
1704: Le colonel Benjamin Church et ses 1300 hommes attaquent l'Acadie! Port-Royal résiste et les Anglais sont finalement obligés de battre en retraite. Mais avant de partir, ils brûlent plusieurs maisons et massacrent le bétail. Les Anglais tenteront à nouveau leur chance, sans succès. Les Acadiens, embusqués dans les bois, mettent les Anglais en déroute à chaque fois. Leurs alliés abénaquis leur viennent également en aide.
1710: Les Anglais décident d'en finir une fois pour toute et Port-Royal est assiégé par une véritable armée de 3400 soldats (environ 10 fois plus que la défense acadienne). Après un siège de 10 jours, la capitale de l'Acadie tombe. La résistance en région sera rapidement écrasée.
1713: Avec le traité d'Utrecht, la France abandonne l'Acadie à l'Angleterre. Quelques 1700 Acadiens deviennent sujets du monarque britannique. Les Anglais renomment le territoire Nova Scotia et cette fois c'est pour de bon. La France conserve toutefois l'Île Saint-Jean, l'Île Royale et la côte nord de la Baie Française. Malgré la neutralité des habitants francophones, le gouvernement anglais voit la population d'un mauvais oeil. Ils tentent de leur faire abandonner leur religion catholique en ordonnant le serment d'allégeance à l'Angleterre obligatoire. Les Acadiens refusent massivement de renier leur religion et la France. Très rapidement, il devient évident que les nouveaux dirigeants anglais n'ont aucune intention de respecter les libertés des Acadiens. On les empêche de quitter le territoire conquis pour éviter qu'ils aillent s'allier aux forces de la Nouvelle-France. On a également besoin d'eux pour fournir les garnisons anglaises en nourriture.
1719: Michel-Philippe Isabeau entreprend la construction de la forteresse de Louisbourg.
1730: Le lieutenant Lawrence Armstrong commence à octroyer des terres à des colons bostonnais mais refuse d'en faire autant pour les Acadiens dont la population s'accroît sans cesse.
1733: Le premier phare de l'histoire du pays entre en opération à Louisbourg. La construction du phare a été financée par la France.
La forteresse de Louisbourg 1738: Malgré l'interdiction des autorités anglaises, plusieurs Acadiens quittent Nova Scotia pour aller s'établir en territoire français, dans l'actuel Nouveau-Brunswick et sur l'Île Royale où les Français ont construit la forteresse de Louisbourg. Ces régions deviendront connues sous le nom de «nouvelle Acadie».
1744: L'abbé LeLoutre, à la tête d'un groupe de guerriers micmacs, tente d'assiéger Port-Royal sans succès.
1749: L'Acadie, maintenant rebaptisée Nova Scotia, est l'objet d'un nouveau plan de colonisation de la part de l'Angleterre. On envoie 2500 colons anglais, irlandais et allemands. On fonde également Halifax qui deviendra le siège du gouvernement colonial. Plusieurs milliers d'Acadiens émigrent vers les terres françaises de l'île Saint-Jean (aujourd'hui rebaptisée Île-du-Prince-Edward).
1750: Le premier observatoire astronomique de l'histoire du pays est construit à Louisbourg par le marquis Chabert.
1750: Les Anglais construisent le fort Lawrence en face des forts français Beauséjour et Gaspareaux. Cinq ans plus tard, Monckton et ses hommes attaquent et capturent Beauséjour qui sera rebaptisé fort Cumberland. C'est la fin de la nouvelle Acadie.
1755: Le Grand Dérangement ou La Déportation des Acadiens. Le gouverneur Charles Lawrence et le colonel Robert Monckton ordonnent qu'on s'empare d'environ 12 000 Acadiens qui seront expulsés de leur patrie. Les soldats anglais les entassent de force sur des bateaux pendant que la garnison britannique s'affaire à brûler leurs maisons et leurs granges. Les amants sont séparés, les familles déchirées. Plusieurs navires coulent emportant avec eux leurs passagers. Les survivants seront par la suite dispersés et abandonnés à leur sort dans les colonies de la côte est américaine, d'autres dans les Caraïbes et d'autres encore sur les côtes de la France. Plusieurs Acadiens se réfugient en Louisiane pour devenir les premiers Cajuns. Lawrence ordonne à ses hommes: «Vous devez faire tous les efforts possibles pour réduire à la famine ceux qui tenteront de s'enfuir dans les bois.» Cliquez ici pour en savoir plus sur la déportation.
La déportation des Acadiens
1755-56: Le gouvernement colonial de Nova Scotia donne les terres acadiennes à des colons anglophones protestants.
1756: Des milliers d'Acadiens s'enfuient vers Québec et l'Île Saint-Jean, les soldats anglais à leur trousse. Plusieurs d'entre eux mourront de faim et de maladies avant d'atteindre leur but.
1758: Depuis l'abominable exil des Acadiens, la population de l'Île Saint-Jean est maintenant d'environ 5000 personnes. Suite à la conquête de Louisbourg par les Britanniques, l'Angleterre prend possession des Îles Royale et Saint-Jean. Une seconde déportation est organisée. Les deux tiers de la population acadienne sont envoyés de force en France. Les autres réussissent à s'enfuir vers Québec ou Saint-Pierre et Miquelon. En 1768, un recensement révèle qu'il ne reste plus que 203 Acadiens sur l'île.
1763: Avec le traité de Paris, l'interdiction est levée et les Acadiens exilés sont autorisés à revenir s'installer en Nova Scotia. Certains Acadiens reviennent à pied d'aussi loin que la Georgie pour retrouver leur pays ancestral! Toutefois, on oblige ceux qui décident de revenir à jurer allégeance à la couronne britannique et à s'établir sur la côte rocailleuse et peu fertile de la baie Sainte-Marie (bien différentes des terres fertiles et riches qu'on leur a volées). Sans terres cultivables, plusieurs deviennent bûcherons ou pêcheurs.
À cet endroit, la municipalité de Clare et une douzaine d'autres villages situés entre Saint-Bernard et Rivière-aux-Saumons (la «ville française») demeurent encore aujourd'hui un bastion important de la culture acadienne. Les toponymes francophones des villes, villages, rivières et lacs seront officiellement anglicisés par les politiciens au cours des ans mais les Acadiens utilisent encore aujourd'hui les appellations originales françaises. Elle demeure la région la plus résolument acadienne de Nouvelle-Écosse.
1769: Prince-Edward-Island (l'ancienne Île Saint-Jean) se sépare de Nova Scotia et devient une nouvelle colonie britannique. Les propriétés des Acadiens vivant sur l'île leur sont confisquées et les propriétaires (et fondateurs) deviennent simples locataires. Plusieurs décideront de quitter l'île suite à cette cruelle injustice.
1784: La province de Nova Scotia est divisée en deux, l'ouest est rebaptisé New Brunswick.
1847: Le poète américain Henry Wadsworth Longfellow publie son célèbre poème «Evangeline, A Tale of Acadie». Le poème, basé sur l'histoire vécue d'Emmeline Labiche et Louis Arceneaux, raconte l'histoire de deux amants (Évangéline et Gabriel) séparés par la Déportation de 1755 à la veille de leur mariage. Évangéline tente de retrouver Gabriel toute sa vie et ils sont finalement réunis des années plus tard alors que Gabriel est sur son lit de mort. Ce poème devient un important symbole de la tragédie et de l'identité acadienne.
1854: Fondation du premier établissement d'enseignement supérieur acadien; le séminaire Saint-Thomas de Memramcook.
1867: Le Nouveau-Brunswick et la Nouvelle-Écosse deviennent des provinces fondatrices de la nouvelle fédération canadienne, avec le Québec et l'Ontario. L'Île-du-Prince-Édouard refuse d'abord de signer mais se ravisera quelques années plus tard.
1871: Avec le «Common School Act», le gouvernement du Nouveau-Brunswick abolit son soutien financier aux écoles séparées de langue française et catholiques, auquelles avaient droit les Acadiens. Tous les enfants devront aller à l'école anglaise. Cependant, les parents qui le souhaitent peuvent financer eux-mêmes leurs écoles, à condition de continuer à payer la taxe provinciale de l'éducation. En d'autres termes, ils devront payer deux fois! Il s'agit clairement d'une mesure d'assimilation dirigée contre les Acadiens de la province.
1872: George King, le procureur général à l'origine du «Common School Act», se présente aux élections provinciales. Tout au long de sa campagne, il exploite le ressentiment à l'égard des Acadiens catholiques. Son slogan: «Vote for the Queen against the Pope». Le préjudice religieux est bien ancré dans la population anglaise de la province car il remporte les élections avec une large majorité. Les Acadiens, qui représentent pourtant le tiers de la population, ne font élire que cinq députés qui sont en faveur des écoles séparées.
1875: Les Acadiens qui refusent de payer la taxe scolaire en guise de protestation sont harcelés. Un curé est même jeté en prison. La situation se détériore. En janvier de cette année, une émeute secoue Caraquet. On envoie l'armée pour rétablir l'ordre dans la ville. Bilan: deux morts, une vingtaine d'arrestations. Les journaux de St-John et de Fredericton promettent que des agissements semblables à ceux de Riel, au Manitoba, ne seront pas tolérés! Devant la situation explosive, le gouvernement de la province recule et permet que, «dans les régions où le nombre le justifie», les enfants francophones reçoivent une éducation catholique et française.
1877: Le «Public School Act» abolit l'enseignement du français à l'Île-du-Prince-Édouard (l'ancienne Île Saint-Jean).
1880: La société Saint-Jean-Baptiste de Québec invite les Acadiens à leur congrès annuel. Plusieurs se rendent à Québec pour l'événement et décident à leur retour d'organiser leur propre convention acadienne l'année suivante.
1884: Lors de leur deuxième convention nationale tenue à Miscouche, les Acadiens se dotent officiellement de leur drapeau et de leur hymne national. Ils adoptent le tricolore français afin de souligner leurs origines et y ajoutent l'étoile acadienne dans le coin supérieur gauche (le bleu symbolise pour eux leur protectrice, la vierge Marie). L'étoile est jaune (la couleur papale) et symbolise l'attachement des Acadiens à l'Église catholique. L'hymne fait également mention de cette étoile qui guide le peuple acadien dans ses épreuves douloureuses.
1923: Pierre-Jean Véniot est le premier Acadien élu au poste de premier ministre du Nouveau-Brunswick.
1981: Le gouvernement du Nouveau-Brunswick vote la loi 88 qui reconnaît finalement l'égalité des deux communautés linguistiques de la province. Le Nouveau-Brunswick devient la première et la seule province canadienne officiellement bilingue. La même année, on permet enfin aux familles acadiennes de la Nouvelle-Écosse d'envoyer leurs enfants à l'école française. Auparavant, les enfants étaient obligés d'aller à l'école anglaise. Un petit collège religieux de Clare grandit pour devenir l'Université Sainte-Anne, la seule université francophone de la province.
1994: Le premier congrès mondial acadien a lieu au Nouveau-Brunswick. Des gens de partout dans le monde s'y rendent pour célébrer leur passé et leur culture. On qualifie l'événement de «plus grand rassemblement acadien depuis la Déportation». Il réunit environ 300 000 participants. Suite au succès de ce premier rassemblement, un second congrès mondial est organisé en Louisiane en 1999.
1995: Roméo LeBlanc est le premier Acadien nommé au poste de Gouverneur général du Canada.
1999: Le Sommet de la Francophonie a lieu à Moncton au Nouveau-Brunswick. Lors de l'événement, l'Anglo Society of New Brunswick, une association d'anglophones extrémistes, organise des manifestations contre ce qu'ils appellent «la prédominance du fait français au Nouveau-Brunswick» (même si les deux tiers de la population de Moncton ne parlent même pas français).
2004: Plus de 5000 personnes se rassemblent à Pointe-de-l'Église, au sud-ouest de la Nouvelle-Écosse, à l'occasion de l'ouverture du troisième Congrès mondial acadien. Il s'agit d'un congrès particulièrement important puisque l'année 2004 marque le 400e anniversaire de l'Acadie. Le premier ministre néo-écossais John Hamm a assisté aux cérémonies inaugurales du festival, qui célèbre la culture acadienne. M. Hamm a indiqué avoir été ému par une femme provenant de Louisiane, aux États-Unis, ayant affirmé que bien que le coeur des Cajuns se trouvait en Louisiane, leur âme demeurerait à jamais en Acadie.
Troisième Congrès Acadien
Aujourd'hui: Le peuple acadien a su survivre à sa cruelle histoire. On compte aujourd'hui environ 300 000 francophones dans les provinces maritimes. De ce nombre, les deux tiers vivent au nord et sur la côte Est du Nouveau-Brunswick.
Recherche: Réjean Auger
B
BISON (Viande)
Dans les plaines l'existances des INDIENS est centré sur le Bison ; animal sacre et protèger par tous les INDIENS .
Le style de vie des tribus INDIENNES est centré sur la viandes de Bison ; tout le Bison est utilisé
(viandes , peau , os , etc , etc) .
Les Bisons furent presque anéantis par les colons , qui abataient par centaines , pour leur peau et laisser la viandes
sur place . Cet animal etait respecté par les INDIENS sans oublier l' AIGLE .
FRAIS
viandes , abats , sang , langues .
HIVER
viandes sèchés , graisse , möelle .
CUIR
sacs , tambours , raquettes , canoé , boucliers .
PEAU
tepee , mocassins , vêtements , carquois , robes , étuis , jambières
CORNES
coiffes , jouets enfants , couverts .
OS
pointes de flèches , couteaux , racloirs , objets de cèrémonie .
FOURRURE
coiffures , cordes , ornements , couvertures .
QUEUE
fouet , sorcier , ornements .
TENDONS
corde , couture , corde pour arc .
BOUSE
combustible , cérèmonial médecine .
Recherche: Réjean Auger
C
CAFÉ (Histoire du)
Le caféier
La plupart des caféiers sont des arbustes de 3-4 m de haut, toujours verts, poussant dans le sous-bois de la forêt tropicale humide. Les caféiers sont bien adaptés à ce milieu relativement sombre et très humide. Leurs feuilles sont opposées décussées; ceci leur permet de recevoir un maximum de lumière. Le limbe foliaire se termine en une pointe égouttoir qui facilite l'évacuation de l'eau de pluie excédentaire. Entre les deux bases des feuilles il y a deux stipules triangulaires. Les stipules situés entre les pétioles sont caractéristiques de la famille des Rubiaceae. Ils protègent le bourgeon. A l'aisselle des feuilles se développent chaque année de nombreuses fleurs blanches à roses. Elles sentent le jasmin et attirent les abeilles. Celles-ci assurent la fécondation et en échange, elles reçoivent du nectar caché dans le tube de la corolle. Après la fécondation, l'ovaire se transforme en fruit vert charnu qui rougit à maturité. Le fruit renferme deux noyaux durs. Lorsque le péricarpe de ces noyaux est enlevé, l'on aperçoit les grains typiques du café (graines). Celles-ci sont encore entourées d'une membrane argentée, la parche. Les graines débarrassées de leur parche sont ensuite torréfiées. La torréfaction libère l'arôme typique du café..
L'origine du café
La plupart de temps, on pense que l'origine du café se situe en Colombie, au Brésil, au Mexique, au Guatemala ou à Java. En effet, la plus grande partie du café acheté dans le commerce provient de ces pays. Ou bien on pense que le pays d'origine est l'Arabie parce que le nom spécifique du caféier est 'arabica'. Et pourtant, le caféier ne provient d'aucune de ces régions. Il pousse naturellement dans les forêts tropicales humides d'Afrique et de Madagascar. L'espèce la plus couramment cultivée est Coffea arabica qui est originaire des hauts plateaux du sud de l'Ethiopie.
Un peu d'histoire du café
Le café le plus bu provient de Coffea arabica. C'est Linné qui lui a donné son nom spécifique car il pensait que le caféier poussait en Arabie. A cette époque, le café n'était connu que des Arabes qui avaient le monopole du commerce du café. Ce monopole na été supprimé qu'au 18e siècle par la Compagnie des Indes orientales. Le café arabica ne pousse que dans les forêts de haute altitude du sud de l'Ethiopie. De là, il a été emmené d'abord par les Arabes vers les vallées humides au Yémen (probablement au cours du 11e siècle). Plus tard, la culture du caféier s'est étendue, via l'Inde, l'Indonésie et les capitales européennes, vers les différentes colonies en Amérique centrale et du Sud. Finalement, la culture du caféier a été introduite sur le continent africain. Entre-temps, d'autres espèces de caféier ont été découvertes et décrites, d'abord sur les îles et le long des côtes d'Afrique (2e moitié du 18e siècle, 1re moitié du 19e siècle), plus tard sur le continent. Ces découvertes allaient de pair avec l'exploration du continent africain. On découvre encore toujours de nouvelle espèces de caféiers. Actuellement on en connaît environ 100 espèces botaniques. Il y a en plus de nombreuses variétés cultivées de Coffea arabica. Actuellement, à côté de l'arabica, seul le caféier robusta (Coffea canephora) est cultivé à grande échelle. L'origine de ce caféier se situe dans les forêts tropicales humides africaines, du Sénégal à l'Ouganda. Cette espèce se développe bien dans les régions basses et donc plus chaudes. Elle est cultivée principalement en Afrique centrale et occidentale et en Indonésie. Certaines des autres espèces de caféiers sont employées localement..
Le Jardin botanique et la recherche sur le café
En Belgique la recherche botanique sur la flore d'Afrique centrale est devenue une spécialité qui trouve son origine dans son passé colonial. La Jardin botanique national a toujours joué un rôle de premier plan dans cette recherche. La recherche botanique concernant le café y trouve également son origine. Après la découverte de nouvelles espèces de caféiers sur le continent africain, vers la moitié du 19e siècle, on se doutait que de nouvelles espèces pouvaient également exister au Congo. Plusieurs "missions café" sont ainsi parties vers le bassin du fleuve Congo, fin du 19e siècle et début du 20e siècle, avec pour but de découvrir de nouvelles espèces. Elles groupaient des personnes intéressées tant par la sélection que par l'aspect botanique du caféier. Les missions les mieux connues sont celles dirigées par Lucien Linden, directeur de l'entreprise 'L'Horticole Coloniale' à Bruxelles et celles des frères Laurent. Linden organisa deux expéditions, en préparation de l'exposition horticole de 1900 à Paris; la première vers le Congo français (sous la direction de G. de Brander) et la deuxième vers l'Etat indépendant du Congo (sous la direction de E. Duchesne & E. Luja). C'est E. Luja qui découvrit le caféier robusta. L'espèce fut immédiatement mise en culture et distribuée pour la culture commerciale. Ceci fut fait par Lucien Linden, sous le nom de 'robusta'. Le nom scientifique de ce caféier est Coffea canephora. La matériel récolté à l'origine par Luja et par les frères Laurent se trouve encore toujours dans l'herbier du Jardin Botanique National. Jusqu'à nos jours, le caféier reste un sujet de recherche au Jardin botanique national de Belgique à Meise. C'est ainsi qu'au cours d'un projet de recherche sur les caféiers en Afrique centrale et de l'ouest (en collaboration avec K.U.Leuven), cinq nouveaux caféiers ont été décrits
Littérature
Pour plus d'informations sur les divers aspects du café, voir
Robbrecht, E. (ed.) (1995) Kawa: Les secrets du café, du caféier à la tasse. Jardin botanique national de Belgique*
Le caféier est probablement originaire d'Éthiopie, dans la province de Kaffa, mais la question n'est pas absolument tranchée. La légende veut qu'un berger d'Abyssinie (actuelle Éthiopie) ait remarqué l'effet tonifiant de cet arbuste sur les chèvres qui en avaient consommé. Sa culture se répandit d'abord dans l'Arabie voisine, où sa popularité a très certainement profité de la prohibition de l'alcool par l'Islam.
Il est alors appelé K'hawah, qui signifie revigorant. Ses effets sont tels qu'il est interdit à l'appel d'imams orthodoxes et conservateurs à la Mecque en 1511 et au Caire en 1532, mais la popularité du produit, en particulier auprès des intellectuels, pousse les autorités à annuler le décret.
En 1583, un médecin allemand de retour d'un voyage de dix ans au Moyen-Orient, Léonard Rauwolf, est le premier occidental à décrire le breuvage : « une boisson aussi noire que l'encre, utile contre de nombreux maux, en particulier les maux d'estomac. Ses consommateurs en prennent le matin, sans se dissimuler, dans une coupe en porcelaine qui passe de l'un a l'autre et où chacun prend une rasade sonore. Elle est composée d'eau et du fruit d'un arbuste appelé bunnu ». Ces commentaires attirent l'attention de marchands, que l'expérience du commerce des épices a rendu sensibles à ce genre d'informations.
Au XVe siècle, les musulmans introduisent le café en Perse, Égypte, Afrique du Nord et en Turquie, où le premier café, Kiva Han, ouvre en 1475 à Constantinople. L'engouement est tel qu'une loi turque de l'époque sur le divorce précise qu'une femme peut divorcer de son époux si celui-ci ne parvient pas à lui fournir une dose quotidienne de café.
En 1511, l'émir Khair Bey fait fermer tous les cafés et mène une campagne de désinformation contre les méfaits du café lorsqu'il apprend que les critiques contre son pouvoir émaneraient toutes de buveurs de café. La fermeture des cafés provoque des révoltes, ce qui incite le gouverneur d'Égypte à annuler l'interdiction. La consommation de café peut alors poursuivre son essor. On dénombre un millier de cafés au Caire en 1630. Une telle interdiction sera rencontrée à nouveau en Europe après l'ouverture des cafés et, étrangement, pour les mêmes raisons, à croire que la prise de café développe l'esprit critique, probablement en favorisant les échanges intellectuels entre consommateurs.
Le café arrive en Europe aux alentours de 1600 par les marchands vénitiens. On conseille au pape Clément VIII d'interdire le café car il représente une menace d'infidèles. Après l'avoir goûté, ce dernier baptise au contraire la nouvelle boisson, déclarant que laisser aux seuls infidèles le plaisir de cette boisson serait dommage. Le café est très vite prisé des moines pour les mêmes raisons qu'il l'est des imams : il permet de veiller longtemps et de garder l'esprit clair. Les musulmans, jaloux de leurs plants de Coffea arabica, interdisent leur exportation. En 1650, un pèlerin musulman, Baba Budan parvient à ramener sept plants en Inde, qu'il plante à Mysore et dont les descendants subsistent encore aujourd'hui.
Une étude menée sur 12 années en Finlande, pays qui détient le record de la consommation de café avec une moyenne de neuf tasses par jour par adulte, par l'Institut national de santé publique d'Helsinki sur 14 600 personnes âgées de 35 à 64 ans sans antécédents de maladies cardiovasculaires, vient de livrer d'étonnantes conclusions que les chercheurs ne s'expliquent pas. Il semblerait que plus la consommation de café par un individu est importante, plus les risques de diabètes de type II auraient tendance à diminuer[10].
Il ne faut toutefois pas tirer de conclusions hâtives : d'une part, on sait d'après les connaissances scientifiques actuelles que le café agit positivement sur le système cardiovasculaire, mais le mécanisme d'action reste inconnu ; d'autre part, le café possède un effet hypertenseur, et est déconseillé aux patients atteints de troubles cardiovasculaires graves ou chroniques. Notons cependant qu'une étude récente suggère un effet anti-hypertenseur des grains de cafés vert sur un modèle animal d'hypertension.
Recherche: Réjean Auger
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IDENTITÉ (Le réveil identitaire)
Depuis les années 1968, on assiste au réveil politique et culturel des amérindiens et des métis. Cela a commencé aux États-Unis puis au Canada, au Mexique et maintenant dans toute l'Amérique latine.
Reconnaissance par l'O.N.U
Participation à de nombreux mouvements internationaux: ATTAC, ...
Participation politique : Bolivie, Mexique, Canada, Venezuela
Des actions armées ont également été menées au nom de la lutte pro-indigène au Pérou par le Sentier lumineux et en Colombie par les FARC, mais ces groupes armés se sont finalement révélés être plus assoiffés de pouvoir et de trafics en tous genres qu'engagés dans la défense d'une cause indigène.
Recherche: Réjean Auger
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Lazaret (Histoire de)
Nous avons vu que les origines de la lèpre dans la Péninsule Acadienne sont assez obscures. Quoi qu'il en soit, c'est un fait certain que la première victime connue de la lèpre, Ursule Landry Benoît, originaire de Grande-Anse, meurt à son domicile de Tracadie en 1828. Le jour de l'enterrement, un des porteurs du cercueil en faisant un faux mouvement se blessa au bras ou à l'épaule; par malheur, un suintement de la morte humecta la plaie et inocula la maladie. En 1844, le mal prend de telles proportions qu'un Bureau de santé nommé à cet effet ordonne la séquestration des victimes de ce mal sur la petite île-aux-Bec-Scies (Sheldrake), tout près de Chatham. Ce bureau de santé est constitué de l'honorable Joseph Cunard, Alexandre Rankin, Alexandre Key, chirurgien, révérend F.-X. Lafrance, George Kerr et Charles J. Peters. Les lépreux sont isolés dans la vieille bâtisse qui a déjà servi pour la mise en quarantaine; les fenêtres, les portes et les planchers ont été enlevés.
Quelques lépreux, désespérés, s'enfuient; d'autres mettent le feu à leur misérable quartier en octobre 1845. Ils doivent alors passer l'hiver dans un bâtiment construit à la hâte. Finalement, en 1849, le curé Lafrance de Tracadie réussit à convaincre le Bureau de santé de l'opportunité de construire la léproserie dans sa paroisse. L'édifice en bois est entouré d'une haute clôture, également en bois.
Le sort des malades s'est quelque peu amélioré dans ce nouveau lazaret, car ils sont proches de leurs parents et reçoivent les secours spirituels du curé. Trois médecins se succèdent auprès d'eux, les docteurs Labillois, Gordon, et Nicholson; mais l'un d'eux, le docteur Gordon, continue de résider à Bathurst, durant ses douze années en fonction. Le désordre s'installe au lazaret; les lépreux, abandonnés à eux-mêmes, vivent dans un état de malpropreté et de misère incroyable.
L'abbé Ferdinand Gauvreau, curé de Tracadie depuis 1852, multiplie les démarches auprès des autorités civiles et essaie d'alerter l'opinion publique par des articles dans les journaux. En 1860, Monseigneur James Rogers est nommé évêque du nouveau diocèse de Chatham. Il autorise alors l'abbé Gauvreau à solliciter les services de religieuses infirmières. Celui-ci s'adresse donc aux Hospitalières de Sainte-Joseph de l'Hôtel-Dieu de Montréal, qui acceptent généreusement.
Lorsque la supérieure demande des volontaires pour cette mission difficile, toutes, sans exception, donnent leur nom. Six d'entre elles sont choisies avec, à leur tête, Mère Marie Pagé. Ces braves pionnières sont : Sœurs Eulalie Quesnel, Amanda Viger dite Saint-Jean-de-Goto, Delphine Breau, Clémence Bonin et Philomène Fournier dite Lumina. Le 12 septembre 1868, elles embarquent à bord du vapeur le " Secret ", pour le lointain exil de l'Est. Après six jours de navigation, le bateau entre au port de Chatham, où une amère déception attend les religieuses. À peine débarquées, elles s'entendent dire par Monseigneur Rogers qu'elles n'iront pas à Tracadie, puisque le gouvernement n'a pas accordé le subside promis.
La mort dans l'âme, elles s'inclinent devant la décision de l'évêque, mais deux jours après, une lueur d'espoir paraît à l'horizon. Monseigneur Rogers juge bon de mettre son grand-vicaire Monsieur Paquet au courant de sa décision, et il demande à Mère Pagé et à Sœur Quesnel de l'accompagner à Caraquet. Ils arrivent donc à Tracadie le 21 septembre. Le lendemain, s'étant rendu au lazaret pour célébrer la messe, l'évêque est témoin d'une scène qui risque de tourner au tragique. " Il y eut presque une guerre pour nous avoir à Tracadie, écrit Mère Pagé. Tous les habitants et les lépreux étaient exaspérés et criaient : Donnez-nous nos saintes sœurs. Je pouvons bien en avoir soin comme les gens de Miramichi. Je les soutiendrons… " Et elle ajoute que les lépreux pleuraient à chaudes larmes : " Pour l'amour de Notre-Seigneur, donnez-nous nos saintes sœurs. Pourquoi-cé que vous nous les avez montrées! Depuis que je les avons vues, je mourrissons… " Hélas! Ils ne peuvent faire fléchir l'évêque. C'est alors que quelques-uns s'indignent et se mettent à injurier Monseigneur Rogers, qui eut grand-peine à se mettre à l'abri dans la chapelle.
Après la messe, il se rend à Caraquet avec les deux Hospitalières. Là, Monseigneur Rogers devra céder aux arguments de Monsieur Paquet. Les sœurs iront à Tracadie pour un an au moins, sous la protection du grand-vicaire; après, on décidera. L'avenir donnera raison à Monsieur Paquet.
Il est convenu que les sœurs partiront de Chatham le 29 septembre, fête de saint Michel, patron du diocèse. Dès que se dessine à l'horizon la voiture tant attendue, des décharges de fusil se font entendre et la cloche de l'église carillonne sa plus joyeuse acclamation. Vers les six heures du soir, les Hospitalières entrent à Tracadie au milieu de l'allégresse générale.
" Jour mémorable donc, écrit l'historien Antoine Bernard, que ce mardi 29 septembre 1868; une aube nouvelle se lève sur une paroisse éprouvée, sur un diocèse en friche où les Hospitalières de Saint-Joseph auront leur place,une large et honorable place marquée par les desseins providentiels. "
Le lendemain, 30 septembre 1868, Mère Pagé et ses compagnes entrent au Lazaret. Peu à peu, grâce à leur dévouement et à leur savoir-faire d'infirmières, les sœurs vont transformer ce lieu infecte en un hôpital ordonné. Elles nettoient et réaménagent les édifices en éliminant un poulailler au grenier et les caches de viandes crues. Une des premières tâches est de séparer les 18 hommes des 9 femmes, en les installant sur deux étages différents. L'emploi du temps est réglementé, les heures sont partagées entre des offices religieux, la récréation, le repos et l'enseignement de la lecture. Les visites seront limitées. Leur tâche demeurera difficile cependant, surtout du fait qu'un gardien nommé par le Bureau de santé est responsable des provisions et de la cuisine des lépreux. Finalement en 1880, le lazaret passe sous l'autorité du gouvernement fédéral, qui en confie la pleine administration aux religieuses. Des améliorations sont apportées aux édifices existants et une annexe en bois est ajoutée en 1881, comprenant la nouvelle pharmacie, la procure du lazaret, le magasin de provisions et la cuisine des lépreux. En plus des soins d'hygiènes et des soins spirituels, les religieuses administraient des médicaments tels que l'arsenic, le mercure, la quinine, un médicament patenté, le Fowless Humour Cure. Sœur St-Jean-de-Goto, qu'on appelait docteure, devenue plus tard la mère supérieure, s'occupait de la pharmacie et préparait des médicaments à base de racines et d'écorces. Dans ses premiers mois au lazaret elle à traité plus de 1700 personnes des environs. Une novice, dit en 1887 : " Quoique les salles des malades fussent tenues avec la plus grandes propreté, on ne pouvait manquer…de respirer une odeur de fièvre et de plaies purulente… Les désinfectants étaient rares… Les plaies des lépreux étaient très sensibles- quelques-uns avaient les doigts en sang. "
Mais avec les années, ces édifices en bois se détériorent et les locaux sont loin d'être adéquats pour loger à la fois les grands malades et ceux qui n'ont qu'un début de lèpre. Il faut à tout prix agrandir ou, mieux encore, construire plus solidement et plus grand. En 1893, le gouvernement fédéral accorde des crédits en vue d'un lazaret en pierre, qui sera terminé en 1896. Les lépreux qui y entrent le 8 avril 1896, se croient " au paradis ", tellement les vastes salles de séjour, les chambres éclairées contrastent avec celles du lazaret primitif. Pendant les trente dernières années d'existence du lazaret environ, le nombre de malades était peu élevé. Quelques-uns d'entre eux représentaient des cas à long terme. Pour toute la décennie 1934 et 1944, on ne compta que cinq nouvelles admissions. Les deux derniers cas venus du Nouveau-Brunswick ont été admis en 1937. Il s'agissait de deux personnes âgées, un homme de Néguac et une femme de Tracadie, qui avait été exposés à la maladie longtemps auparavant.
En janvier 1943, l'hôpital général et le lazaret furent complètement détruits lorsqu'un incendie éclata, au matin, dans le système électrique. Bien qu'il n'y eût ni blessure ni perte de vie, les Sœurs et le personnel eurent besoin de temps pour trouver des logements temporaires et rouvrir. La résidence du surintendant, que la famille Ryan habitait alors, servit à loger les huit malades du lazaret. Trois Sœurs demeurèrent avec eux dans la maison.
Lorsque le nouvel hôpital ouvrit en 1946, une douzaine de chambres, dont la cuisine, le parloir et le bureau, étaient réservées aux lépreux. Chacun des sept patients avait sa propre chambre avec bain.
D'excellents médecins ont mis leurs sciences et leur dévouement au service de ces pauvres lépreux. Les trois premiers ont été nommés plus haut. À partir de 1866 jusqu'à sa mort survenue en 1909, le docteur A.C. Smith s'identifie presque avec l'œuvre hospitalière de Tracadie. Son remplaçant, le docteur Langis, prodigue ses soins aux lépreux et aux autres malades de l'hôpital de 1909 à 1933. Le docteur W.T. Ryan lui succède au lazaret jusqu'en 1939, année où le docteur Aldoria Robichaud prend la relève et demeure au poste jusqu'à la fermeture du lazaret en 1965. De 1868 à 1965, trois cent vingt-six (326) patients sont traités à la léproserie.
La lèpre est maintenant éteinte dans ce coin du pays. Les derniers lépreux soignés au lazaret venaient de d'autres régions du Canada ou même étaient d'origine étrangère : Chinois, Russes, Islandais. Sauf pour une courte période de temps où il y eut une léproserie à William Head, petite île du Pacifique au large de Colombie canadienne, le lazaret de Tracadie a été le seul en son genre au Canada.
http://collections.ic.gc.ca/hopitaux/Tracadie/Lazaret/Historique/historiquelaz.htm
Le lazaret de Tracadie (Nouveau-Brunswick) était un des deux endroits au Canada où les lépreux étaient isolés pour la vie.
En 1900 ou en 1901, le docteur A.C. Smith commence à traiter les patients avec de l'huile de chaulmoogra. L'huile, extraite des graines de diverses espèces de Hydnocarpus, était un remède ayurvédique traditionnel pour les maladies de la peau. Il avait été introduit dans la médecine occidentale par un médecin militaire britannique stationné en Inde.
L'huile était administrée par injection, ce qui était très douloureux, ou par voie orale, ce qui provoquait souvent la nausée; ces effets étaient si graves que certains patients ne pouvaient supporter des traitements fréquents.
Qu'est-il arrivé aux lépreux de Tracadie?
Nous ne savons pas ce qui est arrivé à chaque patient, mais le docteur Smith écrit le 31 octobre 1901 : « la santé s'est améliorée dans l'ensemble; les ulcères sur les jambes ont guéri rapidement, les tubercules ont disparu et les visages et les mains enflés ont retrouvé leur taille normale. L'état de santé de ceux qui ne prenaient les remèdes que de temps à autre ne s'est guère amélioré. »
L'huile de chaulmoogra semblait réduire les symptômes ou ralentir les progrès de la lèpre, en particulier chez ceux qui étaient traités au début de la maladie. C'était le traitement standard jusque dans les années 1940, lorsqu'il a été remplacé par de nouveaux médicaments.
www.virtualmuseum.ca/Exhibitions/Healingplants/residentslazaretto_fr.php
SMITH, ALFRED CORBETT, médecin, surintendant médical et léprologue, né le 7 juin 1841 à Bathurst, Nouveau-Brunswick, fils de James Smith et de Susanna M. Dunn ; le 2 mai 1866, il épousa Helen Young, sœur de Robert Young, et ils eurent deux filles et un fils ; décédé le 12 mars 1909 à Tracadie, Nouveau-Brunswick.
On sait peu de chose sur les jeunes années d’Alfred Corbett Smith. Dès 1858, cependant, il avait opté pour la médecine et commencé à étudier auprès du docteur James Nicholson, premier médecin résidant à la léproserie de Tracadie. En 1862, il entra au Massachusetts Medical College (Harvard Médical School), où il obtint un diplôme le 9 mars 1864.
En 1865, Smith succéda à Nicholson à Tracadie, mais quatre ans plus tard, après l’arrivée au lazaret d’un groupe de Religieuses hospitalières de Saint-Joseph [V. Amanda Viger], on le congédia par souci d’économie. Dès 1870, il avait son propre cabinet à Bathurst. Quelques années après, il se réinstalla à Newcastle, où il exerça les fonctions de coroner, de juge de paix et d’officier de santé tout en s’occupant de sa pratique. En 1877–1878, il poursuivit ses études à la University of the City of New York. La Victoria University de Cobourg, en Ontario, lui décerna un doctorat en 1884.
Smith n’avait pas caché que, depuis longtemps, il souhaitait faire de la lèpre son « grand sujet d’étude ». En fait, d’après lui, personne au Canada n’avait sur cette maladie une bibliothèque plus complète que la sienne, et il correspondait avec les plus grands dermatologues et léprologues, dont le docteur Jonathan Hutchinson en Angleterre. Parmi les médecins canadiens, Joseph-Charles Taché* était l’un des rares avec qui il pouvait partager sa passion. En 1880, Smith fut nommé « médecin inspecteur » et « médecin consultant » au lazaret de Tracadie ; il aurait toutefois voulu un poste plus permanent. En 1889, il pressa le gouvernement fédéral de lui confier une « surintendance générale » des léproseries au Canada. À point nommé, William Osler*, médecin réputé, lui apporta son appui. Faisant valoir l’urgence de nommer un surintendant à plein temps à Tracadie, Osler affirma que « personne n’[était] mieux fait pour ce poste » que Smith. En novembre 1889, Smith devint « inspecteur des léproseries pour le Dominion ». Sa promotion se révéla avoir plus de mauvais côtés que de bons. Son salaire modeste ne correspondait guère à son titre pompeux, et ses clients, effrayés par la vocation qu’il avait choisie, désertèrent sa pratique privée. « Jamais, se plaignit-il en 1891, je ne me suis senti aussi pauvre. » Néanmoins, sa situation se consolida en 1899 : le gouvernement décida d’administrer le lazaret de manière plus scientifique et éleva Smith au rang de « surintendant médical ».
À la léproserie, Smith avait des responsabilités aussi diverses que lourdes. Il visitait les malades tous les jours, dressait les ordonnances, devait souvent pratiquer des interventions chirurgicales et donner des soins dentaires, et faisait régulièrement de la recherche en laboratoire. Les diètes, l’hygiène et la discipline étaient de son ressort. Lui incombaient aussi la rédaction des rapports annuels à l’intention du gouvernement, la tenue des registres d’admission, la compilation de données généalogiques sur les familles des lépreux et la fumigation des wagons de chemin de fer dans lesquels on transportait les malades.
Smith devait s’absenter souvent du lazaret pour faire des « tournées d’inspection ». Armé d’un appareil photo et d’un carnet de notes, il sillonnait périodiquement le comté de Gloucester, visitant maisons, conserveries de homard, usines d’empaquetage du poisson. Au cours de ces tournées, il se livrait à ce qu’il appelait facétieusement la « chasse aux lépreux ». Faire entrer les « suspects » au lazaret exigeait de sa part un judicieux mélange de compassion et de coercition. « Quand je déclare un individu lépreux, notait-il, ses amis les plus proches l’évitent ; on lui refuse tout travail et il ne tarde pas à bénir le foyer réservé aux malheureux de son espèce. » À compter de la fin des années 1880, Smith se rendit jusqu’au Cap-Breton, à Victoria et à Winnipeg pour examiner des malades que l’on croyait atteints de la lèpre.
Grand liseur, Smith avait des opinions bien à lui sur l’étiologie et le traitement de la lèpre. Il ne doutait pas que ce mal était contagieux, mais se distinguait par la prudence de ses diagnostics et la modération de sa thérapeutique. Ce n’est qu’après une étude approfondie qu’il fit l’essai des médicaments employés couramment à l’époque, tels l’ichtyol et l’huile de chaulmoogra. Contrairement à certains de ses contemporains, il était optimiste quant aux chances de guérison. Non seulement admettait-il la possibilité d’une guérison spontanée, mais il soutenait aussi que l’huile de chaulmoogra était efficace si on la combinait avec un régime fortifiant et une bonne hygiène. Pourtant, il jugeait que la ségrégation obligatoire était essentielle au traitement et à l’endiguement de la maladie. Il préconisait aussi un resserrement des mesures législatives sur l’appréhension, la détention et la surveillance médicale des lépreux ; en 1906, l’Acte concernant la lèpre vint réaliser son souhait.
La léproserie de Tracadie se modernisa et s’humanisa sous la surintendance de Smith. Il veilla constamment à ce que l’établissement, au lieu d’être simplement un centre de détention ou un hospice religieux, soit à la fois un « hôpital » et un « foyer ». Si, à la charnière du xixe et du xxe siècle, on tenait la léproserie pour un établissement modèle, c’était en grande partie à cause de la qualité des soins et de la compétence du surintendant médical. Ne serait-ce que pour cette raison, Smith mérite d’être mieux reconnu qu’il ne l’est.
Mesurer l’apport de Smith à la recherche médicale est plus difficile. Il ne publia malheureusement rien sur ses observations au microscope, mais ses papiers personnels indiquent qu’il utilisait la photomicrographie, et l’on y trouve le compte rendu détaillé d’opérations complexes de coloration. Cependant, le gouvernement du Canada ne l’encouragea guère : faute de voir assez loin, il refusa de débloquer les fonds nécessaires pour que Smith assiste, à titre de délégué invité, au congrès sur la lèpre qui se tint en 1897 à Berlin. Quand Smith eut enfin un laboratoire complet, en 1901, il souffrait de glaucome, ce qui nuisait beaucoup à ses recherches.
Smith consacrait ses loisirs aux passe-temps sérieux que l’on affectionnait à l’époque victorienne : photographie, taxidermie, histoire naturelle, archéologie. Il soutenait assidûment la Natural History Society of New Brunswick. En 1906, William Francis Ganong* nota que tout ce que l’on savait alors des anciens campements et sépultures des Micmacs de Tracadie, on le devait à Smith, « qui les a[vait] étudiés avec tout le sérieux d’un érudit ».
Toutes les sources qui parlent de Smith signalent que c’était un homme singulier et délibérément excentrique. Il vivait en reclus, ne démordait pas de ses idées et avait un humour macabre. Pour les habitants de Tracadie, ce presbytérien devenu unitarien qui passait son temps « à lire et à réfléchir » était une énigme. Sans doute sa spécialité, qui n’était pas encore tout à fait admise par la médecine scientifique, convenait-elle bien à son tempérament solitaire. Elle l’ancrait d’ailleurs dans la réclusion : quand on s’occupait des lépreux, on était, comme eux, banni de la société.
Dans ses dernières années, comme le gouvernement s’entêtait à ne pas l’encourager et que ses malades s’obstinaient à ne pas guérir, Alfred Corbett Smith sentit faiblir son enthousiasme. De plus, à compter de 1907, sa santé commença à décliner. Sa mort, survenue le 12 mars 1909, fut dûment rapportée dans les journaux locaux et donna même lieu à une nécrologie dans le New York Times. Dans son rapport annuel de cette année-là, le docteur Frederick Montizambert*, directeur général de l’hygiène publique au Canada, nota que le gouvernement avait perdu « un fonctionnaire fidèle et zélé », et les lépreux, « un ami bienveillant et dévoué ». Par contre, ni le Canada Lancet ni la Canadian Practitioner and Medical Review ne lui rendirent pareil hommage. Ce silence était des plus révélateurs : du temps de Smith, il était plus facile, pour un spécialiste de la lèpre, de faire la manchette que d’obtenir la reconnaissance de ses collègues médecins.
Laurie C. C. Stanley
Les papiers d’Alfred Corbett Smith, y compris sa correspondance, ses calepins, ses albums et les copies de ses lettres sont conservés à la Soc. hist. Nicolas-Denys, Centre de documentation (Shippagan, N.-B.), cartons 105–1–8.
On peut trouver l’essentiel des renseignements concernant la léproserie de Tracadie, dont les rapports annuels de Smith, dans N.-B., House of Assembly, Journal, 1865 1881, et dans les rapports du département fédéral de l’Agriculture pour 1880–1909 publiés dans Canada, Parl., Doc. de la session, 1881–1910. Parmi les rapports médicaux rédigés par Smith et publiés, on peut signaler sa réponse à un long questionnaire sur les léproseries soumis par le gouverne ment hawaïen, Questions regarding leprosy : enquiry made by the Hawaiian government ; answers to the interrogatories submitted by his excellency the minister of foreign affairs of the kingdom of Hawaii [...] ([Ottawa, 1885]) ; il avait rempli ce document avec Joseph-Charles Taché. Une partie de sa correspondance sur l’archéologie figure dans l’article intitulé « On pré-historic remains, and on an inter ment of the early French period, at Tabusintac River, N.B. », N.-B., Natural Hist. Soc., Bull. (Saint-Jean), n° 5 (1886) : 14–19.
AN, RG 17, A I, 588, 613, 619, 623–624, 674, 678, 685, 744, 749, 1689 ; RG 29, 5, dossier 937015 1/2, 1–5 ; 299–300 ; 2355.— APNB, MC 216/53 ; RS13/1/12 : 9 ; RS153, A1/16, juill. 1880.— Arch. privées, Young family (Tracadie, N.-B.), A. C. Smith, medical certificates (mfm aux APNB, MC291, B4-B7) ; Young family bible.— Boston Medical Library-Harvard Medical Library, Harvard Univ. (Boston), Harvard Medical Arch., AA 17.5, vol.1 (Graduates with their theses, 1856–1864) ; Biog. file on Harvard Medical School graduates, comp. c. 1905 ; « Massachusetts Medical College (Harvard Medical School), matriculations, 1860–1870 (winter) ».— College of Physicians Library (Philadelphie), Hist. Coll., Ashmead papers, Smith à Ashmead, 18 août 1897.— EUC-C, Victoria Univ. Arch., 87.144V, n° 2, 1884.— L’Évangéline, 25 mars 1909.— New York Times, 21 mars 1909.— Union Advocate (Newcastle, N.-B.), 20 sept. 1897, 17 mars 1909.— American Médical Assoc., Journal (Chicago), 52 (janv.–juin 1909) : 1131.— Dictionnaire biographique du nord-est du Nouveau-Brunswick (5 cahiers parus, [Bertrand, N.-B. ; Shippagan], 1983– ), 1 : 62s.— W. F. Ganong, « The history of Tracadie », Acadiensis (Saint-Jean), 6 (1906) : 185–200.— F.-M. Lajat, le Lazaret de Tracadie et la Communauté des Religieuses hospitalières de Saint-Joseph (Montréal, 1938).— New York Univ., Medical Dept., Annual announcement of lectures and catalogue, 1877–1878.— L. C. C. Stanley-Blackwell, « Leprosy in New Brunswick, 1844–1910 : a reconsideration » (thèse de ph.d., Queen’s Univ., Kingston, Ontario, 1989).
© 2000 University of Toronto/Université Laval
Bibliographie générale
www.biographi.ca/FR/ShowBio.asp?BioId=41194&query=
Recherche: Yves Décosse
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SCALP (Lever des chevelures en Nouvelle-France: la politique française du paiement des scalps(1)
Auteur
Jean-François Lozier
Département d’histoire
Université d’Ottawa
Résumé
Entre 1692 et 1760, les autorités coloniales françaises offrirent de façon intermittente des récompenses en marchandises aux guerriers autochtones qui leur apportaient des chevelures ennemies. Plusieurs historiens ont attribué à tort à la politique française de paiement des scalps les mêmes modalités qu’avaient celles des colonies anglaises. Or notre examen du sujet révèle le caractère fort particulier et cohérent de la politique de la Nouvelle-France. Les primes furent perçues comme un des moyens les plus efficaces d’assurer la survie de la présence coloniale française en encourageant les alliés amérindiens à prendre le sentier de la guerre. Elles n’eurent pas pour autant comme effet de dénaturer les coutumes de ces derniers ou de subordonner leur intérêts.
Abstract
Between 1692 and 1760, French colonial authorities intermittently offered trading goods to native warriors as bounties for enemy scalps. While most historians have not differentiated French and English policies, a closer examination of the subject reveals that the former had a very specific and coherent policy. Scalp bounties were considered one of the most effective ways of defending New France by encouraging its native allies to take the war path. Contrary to what has been previously assumed, however, these bounties did not result in the corruption of native customs or in the subordination of native military interests.
1
Peu de coutumes amérindiennes ont été aussi vertement condamnées que celle du scalp, pratique qui, nous le savons, consistait à arracher le cuir chevelu d’une victime et à l’emporter en guise de trophée et pour s’assurer d’une victoire sur le plan spirituel. Mémorialistes et historiens, imprégnés d’une éthique militaire occidentale, y virent pendant longtemps une preuve du caractère cruel et barbare des Premières nations. Par la suite, on diffusa l’idée que cette pratique avait été enseignée à ces peuples par les Européens. Si ces croyances erronées survivent toujours dans l’esprit populaire, nul doute ne subsiste au sein de la communauté universitaire quant aux origines précolombiennes du scalp[2]. Au cours des trente dernières années, une poignée d’historiens et d’anthropologues ont sondé les significations de cette coutume dans le contexte culturel autochtone. Leurs précieuses contributions ont facilité la mise au rancart des stéréotypes d’une historiographie qui a trop longtemps dénoncé la pratique du scalp sans faire l’analyse de la rationalisation amérindienne[3].
2
La facette la plus controversée de cette question demeure sans conteste celle des primes : à divers moments pendant les xviie et xviiie siècles, les autorités coloniales offrirent des récompenses à ceux qui leur présentaient des chevelures ennemies. En fait, c’est pour des têtes entières que furent offertes les premières primes. Dès 1616, les autorités espagnoles se servirent de cette mesure pour mater une insurrection dans l’État de Durango, au Mexique. En 1637, la colonie anglaise du Connecticut offrit des récompenses à ses alliés mahicans pour des têtes de Pequots. En 1641, ce fut au tour des Hollandais de la Nouvelle-Amsterdam d’offrir de telles primes pour des têtes de Raritans. Enfin, au début de la guerre du « Roi Philip » (1675-1676), les autorités de la Nouvelle-Angleterre offrirent aux Narragansetts, ainsi qu’aux colons blancs, des récompenses pour les scalps de leurs ennemis. Avant la fin du xviie siècle, les Français avaient eux aussi adopté cette pratique[4]. Non sans raison, on entend souvent parler des politiques « européennes » à l’égard des scalps, sans qu’aucune distinction nationale ne soit faite. Bien que cette manière de faire puisse être appropriée dans certains contextes, un examen du sujet permet de constater l’existence de différences assez importantes entre les politiques des diverses colonies et souligne les faiblesses d’une telle généralisation.
3
Si l’importance des scalps et des primes dans les colonies britanniques d’Amérique du Nord a fait l’objet d’une étude rigoureuse[5], il n’en va pas de même pour les colonies françaises. C’est à ce manque que nous tenterons de remédier ici. Compte tenu de l’ampleur du sujet, cette étude se limitera aux questions entourant la politique des primes. Nous n’analyserons pas, par exemple, le cas des quelques Français et Canadiens qui survécurent après avoir été scalpés et laissés pour morts. De même, nous ne chercherons pas à relater toutes les circonstances où les nouveaux venus rencontrèrent la pratique du scalp. Notons cependant que la première description de cette coutume dans la littérature française remonte à Jacques Cartier. À sa suite, nombreux furent les chroniqueurs, mémorialistes et penseurs des xvie au xviiie siècles qui firent allusion à ce sujet dans leurs écrits sur l’Amérique septentrionale. Le vocabulaire utilisé par ces hommes pour décrire le cuir chevelu arraché demeura pendant longtemps irrésolu : « teste », « peau de la teste », « peau écorchée », « peau corroyée », « perruque », « peau couverte de ses cheveux et moustaches », et finalement « chevelure ». L’expression « lever une chevelure », ou un peu plus rarement « enlever », « arracher » ou « faire » une chevelure, se généralisa dès la fin du xviie siècle pour décrire l’opération. Le mot « scalp » et le verbe « scalper » n’existaient pas sous le Régime français et n’apparurent pour la première fois, empruntés à l’anglais, qu’en 1769[6].
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Nous examinerons d’abord les circonstances qui virent naître la politique de prime en Nouvelle-France, puis ses développements et ses expressions jusqu’à la Conquête. Pendant la plus grande partie de cette période, elle se distingua par le maintien d’une certaine continuité : dans les prix payés, dans les procédés de paiement, dans le choix des bénéficiaires. Cette politique fut avant tout considérée comme un des moyens les plus économiques de mener la guerre et, parce que l’enjeu était la survie de l’empire colonial français, elle fut très pragmatique dans son ensemble et peu soucieuse des inquiétudes de la morale européenne. Pour bien comprendre la portée des primes françaises, il faut les replacer dans leur contexte, au sein d’un ensemble de présents grâce auxquels on courtisait et subventionnait des guerriers amérindiens... qui ne cessaient pas pour autant de combattre selon leurs propres principes et objectifs.
Le témoignage controversé de Magsigpen
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Si la France fut la dernière puissance coloniale à adopter la pratique d’offrir des récompenses pour des têtes ou des scalps, elle a néanmoins acquis une certaine notoriété dans l’historiographie pour avoir été la première à récompenser la prise de chevelures européennes. On peut lire, dans des ouvrages et des articles très sérieux, qu’en 1688, avant même que la guerre ait été officiellement déclarée entre les colonies[7], le gouverneur de la Nouvelle-France promit de payer une prime pour chaque scalp ennemi, d’Amérindien ou de Blanc, qu’on lui rapporterait[8]. Un examen critique de la question remet cependant cette affirmation en cause. Elle n’est en effet fondée que sur un seul document, le compte rendu de l’interrogatoire tenu à Albany d’un Amérindien du nom de Magsigpen, alias Graypoole. Celui-ci raconta avoir rencontré, alors qu’il était à la chasse, onze guerriers autochtones originaires de la Nouvelle-Angleterre à présent domiciliés au Canada. Ceux-ci l’avertirent qu’ils venaient combattre par ordre du gouverneur français, qui les avait invités, parce que les Agniers avaient causé beaucoup de tort dans sa colonie, à se venger aussi bien contre les Christians (Blancs) que contre les Amérindiens. Il leur avait demandé de ne pas ramener de prisonniers, mais uniquement des scalps, pour chacun desquels il avait promis de donner dix peaux de castor[9].
6
Les témoignages rendus le même mois aux autorités anglaises par Derrick Wessells, John Rosie ainsi que par quatre Agniers, présentent une version différente des faits. Celle-ci porte à croire qu’aucune prime ne fut offerte par les autorités de la Nouvelle-France cette année-là. Wessells et Rosie, qui avaient été envoyés quelques mois plus tôt comme émissaires à Montréal, confirmèrent que le gouverneur Jacques-René de Brisay, marquis de Denonville, les avait avertis que onze guerriers amérindiens s’étaient absentés de la colonie. Il espérait que ceux-ci ne causeraient pas d’ennuis, puisqu’il leur avait ordonné de ne faire aucun mal aux Chrétiens, mais il concéda que « lorsqu’ils sont dans les bois ils font ce qu’ils veulent[10] ». Quatre Agniers, interrogés indépendamment à Schenectady vers la même époque, rapportèrent qu’un parti d’Amérindiens réfugiés de la Nouvelle-Angleterre avait demandé au gouverneur du Canada l’autorisation d’aller près d’Albany attaquer les membres d’une nation ennemie. Ce dernier avait refusé, mais leur avait permis de s’absenter de la colonie à condition qu’ils ne fassent aucun mal à qui que ce soit. Or ils frappèrent quand même en Nouvelle-Angleterre, d’où ils rapportèrent sept scalps amérindiens et une prisonnière amérindienne. Le gouverneur, fâché, avait confisqué ces prises, et, par peur d’autres représailles, les guerriers s’étaient enfuis du Canada[11]. De plus, lorsque Denonville fut questionné par son homologue britannique, sir Edmund Andros, au sujet du meurtre de colons à Casco dans le Maine, il soutint qu’il n’avait ni ordonné ni consenti à ces attaques[12]. De son côté, l’intendant Champigny écrivit au ministre de la Marine que des Abénaquis, frustrés par l’inaction des Français, avaient envoyé un parti qui avait tué quelques Amérindiens ennemis et quelques Anglais, afin de venger ceux des leurs que Thomas Dongan, prédécesseur d’Andros, avait fait prendre et exécuter[13].
7
Outre ces documents qui contredisent de façon explicite le témoignage de Magsigpen, l’examen de la correspondance officielle de l’administration Denonville pour les années 1687-1689 révèle que la cour demeura, pendant cette période, attachée à une politique intercoloniale pacifique et passive. Jugeant qu’il était bien plus pressant d’orienter son attention et ses ressources vers le conflit qui s’annonçait en Europe, Versailles refusa d’envoyer des troupes et des fonds à la colonie. Même informée du fait que Dongan fournissait armes et munitions aux Iroquois, faisant ainsi par leurs mains et de façon assez peu subtile la guerre à la Nouvelle-France, la cour réitéra cette orientation politique, ordonnant au marquis de Denonville de ne rien entreprendre contre les Anglais et d’éviter tout ce qui pourrait troubler la bonne entente entre les colonies[14]. Il se peut bien que Denonville, qui avait à maintes reprises fait part à ses supérieurs de ses frustrations en dénonçant ouvertement leur politique d’inaction[15], n’ait pas été tout à fait peiné par la mort et l’ablation de la chevelure de quelques colons anglais. Il est néanmoins impensable que ce gouverneur — qui avait obéi aux ordres de la cour concernant l’envoi d’otages iroquois aux galères, malgré de vigoureuses objections personnelles — ait décidé de contrevenir à des ordres aussi catégoriques en offrant à ses alliés des récompenses pour des scalps anglais. Par contre, il est vraisemblable que les guerriers dont Magsigpen fit la rencontre voulurent tromper en prétendant détenir l’approbation du gouverneur. De cette façon, ils s’assuraient que toute nation qui ne désirait pas attirer la hargne française s’abstiendrait de nuire à leur expédition. L’idée du paiement des scalps, quant à elle, faisait déjà partie de leur bagage cognitif : originaires de la Nouvelle-Angleterre, ces guerriers avaient peut-être eux-mêmes été la cible des primes offertes par les autorités anglaises pendant la guerre du « Roi Philip », une douzaine d’années auparavant.
8
Les historiens doivent donc repousser de quelques années la date de l’apparition en Nouvelle-France des paiements de scalps. Gédéon de Catalogne affirme, dans son Recueil de 1716, que c’est à l’hiver de 1691 que le comte de Frontenac (qui avait remplacé Denonville deux ans plus tôt) promit dix écus à ses alliés autochtones pour chaque scalp qu’ils rapporteraient, « pour animer nos Sauvages alliez à ne point se réconcilier avec l’anglois ». On s’aperçut rapidement que le cuir chevelu était une piètre source de renseignements stratégiques et l’on décida d’offrir des récompenses semblables pour les prisonniers[16]. Cependant, la chronologie de cet auteur est souvent inexacte[17] et la première indication certaine de l’introduction des primes date de l’année suivante.
L’apparition des primes en Nouvelle-France
9
Dans une lettre du 21 septembre 1692, l’intendant Champigny informa le ministre que lui et Frontenac avaient convenu plus tôt cette même année de payer la somme de vingt écus blancs (66 livres) pour chaque prisonnier ennemi qui leur serait ramené, et de dix écus (33 livres) pour chaque prisonnière ou pour chaque chevelure ennemie, ce qui avait résulté en une « augmentation des dépenses fort considérable[18] ». À quoi doit-on attribuer l’adoption d’une telle politique ? Les causes immédiates ne sont pas évidentes, mais cette décision s’inscrit nettement dans le contexte de l’adoption par Frontenac de mesures favorisant la petite guerre — ce qu’on appellerait de nos jours la guérilla[19]. On peut supposer, en outre, que les primes qu’avait récemment offertes le gouvernement du Massachusetts lui servirent d’inspiration[20].
10
Cette première lettre déclencha entre la métropole et la colonie un échange épistolaire plutôt cocasse qui dura quelques années. Le roi, dans un mémoire ayant comme thème le « retranchement des choses inutiles, des salaires et des prix excessifs et des vaines liberalitez », fit part au gouverneur et à l’intendant des objections de la couronne aux mesures qu’ils venaient d’adopter. Il leur déclara que la somme de deux écus serait suffisante pour récompenser la capture d’un prisonnier, et qu’un écu conviendrait pour chaque prisonnière ou chaque personne tuée[21]. Frontenac et Champigny répliquèrent bien humblement au ministre qu’ils obéiraient aux directives du roi... si ce dernier le souhaitait véritablement : « Nous croyons être dans l’obligation de la supplier de considérer que c’est la dépense la plus utile que nous puissions faire, étant le moyen le plus sûr pour la destruction des Sauvages Iroquois. » La modeste somme de 30 000 livres assurerait ainsi leur défaite. En revanche, prétendaient-ils, la somme d’un ou deux écus n’était pas suffisante pour encourager des guerriers à aller capturer ou tuer un ennemi à 50 ou 100 lieues de la colonie, car elle ne permettait pas de subvenir aux besoins de leur famille pendant leur absence. Frontenac et Champigny priaient donc Versailles de reconsidérer sa directive. Il est amusant de constater qu’ils donnèrent cette fois comme argument que la dépense encourue par les primes « n’a pas été jusqu’ici à des sommes considérables », contrairement à ce que l’intendant avait initialement prétendu[22]. Dans sa lettre particulière du même jour, ce dernier avoua avoir été surpris des reproches que le ministre lui faisait de ses demandes de fonds « excessives ». Tout en soulignant que c’est au gouverneur et non à lui que la cour devait recommander l’économie et le ménagement, Champigny concéda qu’il serait difficile de faire de grandes diminutions aux dépenses, « ayant à mettre en action tous les sauvages alliez qui sont dans la Colonie, à l’Acadie et dans les lieux esloignez d’en haut[23] ». Frontenac et Champigny — d’ordinaire inconciliables — semblent avoir été d’accord au sujet de l’utilité des primes.
11
Vers la fin de l’année 1694, le gouverneur et l’intendant, dans une lettre commune au ministre, feignirent d’abord de se plier à la directive royale : « Nous obéissons dès à présent à l’ordre que sa majesté nous donne de cesser le paiement aux Sauvages chrétiens... » Seulement, ils énumérèrent ensuite derechef les diverses raisons pour lesquelles ils considéraient que ces paiements étaient nécessaires. Ceux-ci, soulignèrent-ils à nouveau, n’avaient coûté presque rien à la couronne : 6 326 livres 16 sols depuis leur introduction. Une fois de plus, Frontenac et Champigny esquivaient : « Ainsi, nous supplions Monseigneur d’avoir égard à ces raisons et nous pardonner si nous n’exécutons pas encore entièrement ce que Sa Majesté désire sur cela, nous croyant obligés par le zèle que nous avons pour son service d’en user de cette manière, jusqu’à ce qu’elle nous ait fait savoir, après avoir su nos raisons, qu’elle le souhaite absolument[24]. » Le roi répliqua d’un ton sec qu’il voulait toujours qu’ils se conforment à l’ordre donné l’année précédente. Aux yeux de Versailles, cette dépense ne pouvait être supportée. Le roi évoqua son inefficacité : la promesse de primes payées pour les scalps et les prisonniers n’avait pas empêché les guerriers domiciliés de faciliter la fuite d’Agniers après un raid français sur leur village. Il rajouta, narquois, que si la fuite de quelque 200 prisonniers n’avait pas été favorisée, le fonds des dépenses du Canada n’aurait pas été suffisant pour en récompenser la capture. Enfin, le roi enjoignit au gouverneur et à l’intendant de remettre « les choses à cet esgard en l’estat où elles l’estaient avant qu’ils l’eussent résolue, puisque la dépense de leur subsistance et les autres fournitures qui se font à ces Sauvages lorsqu’ils sont employez à la guerre sont entièrement sur le compte de sa Majesté[25] ». En juin 1695, la cour informa encore une fois Frontenac et Champigny qu’elle ne « trouvait point à propos » qu’ils continuassent de payer ces sommes. Le roi leur recommanda de trouver d’autres moyens pour engager les Amérindiens domiciliés à aller en guerre contre les Iroquois, puisque l’argent, la « protection et les autres grâces » qu’on leur donnait déjà devaient suffire pour assurer leur coopération sur le plan militaire[26].
12
Le 10 novembre 1695, le gouverneur et l’intendant écrivirent enfin au ministre qu’ils avaient décidé de suivre « exactement ce que Sa Majesté nous prescrit à l’égard [... de] la gratification qui étoit accordée pour chaque iroquois tué ou prisonnier que nous retrancherons comme elle nous l’ordonne[27] ». Mais, de toute évidence, les remontrances royales n’eurent pas l’effet escompté sur la politique coloniale pendant l’administration de Frontenac, puisqu’on payait toujours la somme de trente livres par chevelure vers la fin de la Guerre de la Ligue d’Augsbourg[28].
13
S’il est difficile d’identifier avec précision à quelles époques au cours du Régime français on récompensa la prise de scalps, c’est avant tout parce que l’offre de paiements était à la discrétion du gouverneur. Tout porte à croire que lorsque ce dernier décidait — conjointement avec l’intendant, car celui-ci devait approuver toutes les dépenses — d’en offrir, il en informait tout simplement ses alliés autochtones en personne ou par l’entremise de ses représentants, et la nouvelle se répandait de façon informelle, de bouche à oreille. Aucune ordonnance, aucun arrêt n’était édicté à cette occasion. Par contre, dans les colonies anglaises, les primes étaient promulguées en bonne et due forme par les assemblées législatives qui publiaient des scalp acts (ou scalp laws). Lorsque les hostilités prenaient fin, le gouverneur français expédiait des courriers afin d’avertir ses alliés qu’on ne récompenserait plus l’enlèvement de chevelures ou la capture de prisonniers. Cet avertissement ne les dissuadait cependant pas automatiquement, et ils continuaient souvent à guerroyer afin de satisfaire leurs propres objectifs[29].
De la Guerre de Succession d’Espagne jusqu’à la Guerre de Sept Ans
14
Les autorités canadiennes n’offrirent aucune prime pour des scalps pendant les premières années de la Guerre de Succession d’Espagne, sans doute à cause des directives réitérées de la cour. En septembre 1706, le gouverneur de la Nouvelle-France, Philippe de Rigaud, marquis de Vaudreuil, reçut les plaintes d’Abénaquis qui lui dirent que depuis que la guerre était commencée, ils n’en avaient retiré aucun profit, bien que leurs cabanes fussent pleines de scalps anglais. Le gouverneur leur rappela qu’il les avait avertis dès le début des hostilités qu’il ne payerait pas les chevelures, car cette mesure lui « sembloit trop inhumaine ». La guerre, poursuivit-il, ne leur avait pas pour autant été moins profitable, puisqu’ils prenaient beaucoup de butin dans leurs raids et parce que les Français rachetaient les prisonniers anglais à grand prix. Cependant, il leur promit qu’il leur ferait donner des munitions supplémentaires en dédommagement pour leurs services[30]. Cela dit, le marquis de Vaudreuil semble par la suite avoir abandonné ses scrupules moraux, car des documents anglais suggèrent que quelques années plus tard, les autorités coloniales françaises avaient recommencé à récompenser la prise de chevelures[31].
15
La cessation des hostilités et la signature du Traité d’Utrecht en 1713 mirent fin au paiement des scalps. L’absence de primes pendant la période qui mena jusqu’à la Guerre de Succession d’Autriche (1744-1748) ne semble pas pour autant avoir diminué l’ardeur guerrière des alliés de la France, qui arrachèrent des chevelures en grand nombre lors des campagnes contre les Renards[32]. Plusieurs Canadiens « sensés » suggérèrent aux autorités d’offrir des sommes assez élevées aux guerriers domiciliés et à ceux des Pays-d’en-haut qui ramèneraient des scalps de Chicachas, afin d’encourager l’offensive. Cette mesure ne semble cependant pas avoir été adoptée et les chevelures rapportées de ces expéditions lointaines ne furent pas payées[33].
16
Si les Chicachas, qui habitaient la région de l’État actuel du Mississipi, ne compromettaient pas la sécurité immédiate de la colonie laurentienne, ils constituaient une menace manifeste pour la Louisiane. Encore toute jeune et mal établie, cette colonie n’avait pas encore réussi à épuiser et à apaiser les tribus avoisinantes, comme le Canada était parvenu à le faire en concluant la Grande Paix de 1701 après presque un siècle d’intermittents mais durs combats. Par conséquent, les autorités louisianaises eurent recours aux primes pendant la plus grande partie de la première moitié du xviiie siècle, dans l’espoir d’encourager la décimation des nations hostiles.
17
En 1703 déjà, Jean-Baptiste Le Moyne de Bienville, commandant en second de la Louisiane, avait prié ses alliés d’aller en guerre contre les Chetimachas et les Alibamons. Il avait promis, en cette occasion, de payer dix écus par chevelure d’homme ou par prisonnier qu’ils feraient[34]. Ces petites nations furent vaincues sans trop de peine et, de toute évidence, on cessa de payer les scalps par souci d’économie en 1712, lorsque l’administration de la colonie passa aux mains d’une compagnie privée. Neuf ans plus tard, Bienville recommanda que l’on recommence à payer les scalps aux alliés Chactas « sur le même pied que du temps du Roy », afin de les encourager à mener vigoureusement la guerre qui venait d’être déclarée contre les Chicachas, ces « Iroquois du sud ». La décision tarda un peu, pour des raisons bureaucratiques semble-t-il, mais l’on décida en 1723 de se conformer à la politique d’avant 1712[35]. On continua ainsi à encourager et à subventionner les guerres contre les Chicachas pendant les décennies qui suivirent[36]. Lorsque ces derniers, décimés par les sorties des Français et de leurs alliés, tentèrent de pactiser, Bienville répondit qu’il voulait bien faire la paix avec eux... mais qu’il ne pouvait obliger ses alliés chactas à faire de même parce que ceux-ci combattaient légitimement, pour des raisons qui leur étaient propres. Qui plus est, il déclara qu’il ne pouvait cesser de payer aux Chactas les scalps qu’ils rapportaient parce que c’était lui qui les avait encouragés à prendre le sentier de la guerre[37].
18
Dès le début de la Guerre de Succession d’Autriche et l’ouverture des hostilités avec les colonies anglaises, la politique de primes reprit de plus belle au Canada et à l’Île Royale. Les partis de guerre revinrent avec des prisonniers et des chevelures de façon régulière. Il en fut de même pendant les premières années de la Guerre de Sept Ans (1754-1760).
19
Cependant, la guerre s’établit rapidement en Amérique du Nord sur le modèle européen, avec ses armées, ses campagnes, son artillerie, ses sièges, ses batailles rangées et ses règles de conduite. Dans ce nouveau contexte militaire, la pratique du scalp paraissait à la fois barbare et futile. Le marquis de Montcalm en avisa le gouverneur d’alors, Pierre de Rigaud, marquis de Vaudreuil : « Ce n’est plus le temps où quelques chevelures, quelques maisons brûlées soient un avantage, soient même un objet. Les petits moyens, les petites idées, les petits conseils de détail sont aujourd’hui dangereux, ils consomment de la matière et du temps. Les circonstances exigent des mesures qui tranchent et qui décident[38]. » En raison de ce changement de doctrine militaire, aussi bien que du piètre état des finances de la colonie, les primes offertes pour les scalps ainsi que pour les prisonniers diminuèrent sensiblement pendant les dernières années du conflit[39].
Une anatomie des primes en Nouvelle-France
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On ne sait pas avec certitude si les autorités françaises cherchèrent en récompensant la prise de scalps à encourager de façon consciente une coutume particulièrement horripilante, propre à traumatiser l’ennemi. Chose certaine, les Canadiens connaissaient bien le terrible effet que cette pratique pouvait avoir sur le moral, ayant eux-mêmes constaté pendant les guerres iroquoises que « rien n’étoit à la vérité plus triste que d’être dans des inquiétudes continuelles de se voir enlever sa chevelure à la porte de sa maison[40] ». Le but de la politique française était, avant tout, d’encourager les Amérindiens à mener des expéditions guerrières. On reconnaissait tout simplement qu’on offrait des primes « pour mieux exciter leur ambition[41] ».
21
Les buts visés par ces paiements étaient donc indissociables de ceux de la petite guerre, doctrine militaire qui permettait de contrebalancer la faiblesse du peuplement en prenant plein avantage de l’environnement naturel du Nouveau-Monde et des techniques guerrières amérindiennes. En effet, les autorités coloniales françaises croyaient fermement que rien n’était « plus propre à dégoûter les peuples de ces colonies [anglaises] et à leur faire désirer le retour à la paix » que les attaques réitérées des partis de guerre autochtones[42]. Or ces guerriers revenaient de campagne les vêtements déchirés, les mocassins usés, sans munitions ; pendant leur absence, leur famille manquaient de tout. Il fallait donc, afin de permettre aux alliés d’aller au combat, leur offrir continuellement des présents ainsi qu’un soutien logistique ininterrompu. Ainsi, de même qu’on offrait de nombreux présents lors de cérémonies périodiques afin d’entretenir les alliances, on en distribuait également autant au départ des partis de guerre, « pour les engager à faire leur devoir », qu’à leur retour, « par reconnaissance lorsqu’ils ont donné des marques de leur valeur[43] ». Il va sans dire que les prisonniers et les scalps, preuves tangibles du succès d’une expédition, constituaient les marques par excellence de valeur guerrière.
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Pour mieux comprendre le phénomène des primes, il est utile de reconstituer le déroulement des événements qui suivaient le combat et l’enlèvement d’une chevelure. Une fois en lieu sûr et lorsque le temps le permettait, le guerrier victorieux préparait le ou les scalps qu’il avait levés. Selon la coutume, ces dépouilles étaient raclées, tendues dans un cerceau de bois, peintes du côté chair, et attachées au bout de tiges de bois longues de quelques mètres[44]. Ainsi préparées, elles étaient ramenées avec les prisonniers jusqu’au village du vainqueur — ou bien jusqu’à une ville ou un poste français, s’il s’en trouvait en chemin et si une récompense était anticipée. Arrivés aux abords de ce village, de cette ville ou de ce poste, les guerriers s’arrêtaient un moment, suivant l’usage. Entonnant alors la « chanson de la chevelure », ils poussaient autant de cris qu’ils avaient levé de scalps. À ces bruits, des curieux accouraient à leur rencontre[45]. L’anecdote d’un Métis nommé Dubosq donne une bonne idée de ce qui s’ensuivait typiquement lorsqu’un guerrier ou un parti de guerre entrait en ville. Entouré de curieux, celui-ci se rendit jusque chez le gouverneur de Montréal, « où il entra, avec un air majestueux, tenant d’une main huit grandes baguettes au bout desquelles pendaient huit longues chevelures, et de l’autre ses deux prisonnières qu’il faisait marcher devant ». Puis, « Monsieur de Callières le reçut fort favorablement, et écouta son récit avec autant d’admiration et d’étonnement ». On remit ensuite à Dubosq 240 livres en marchandises, à raison de trente livres par chevelure apportée[46]. Habituellement, les scalps étaient présentés à mesure que les partis de guerre revenaient d’expédition, à peu près comme nous venons de le décrire. Toutefois, il n’était pas rare qu’on les présentât lors de cérémonies annuelles[47].
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Les registres financiers suffisamment détaillés ne sont pas assez nombreux pour permettre l’analyse systématique des bénéficiaires des primes[48]. Toutefois, la correspondance officielle de la colonie, les écrits d’observateurs contemporains ainsi que les quelques états financiers qui notent de façon explicite cette dépense révèlent non seulement que l’on venait parfois de très loin pour recevoir une récompense, mais aussi que celles-ci étaient payées aux « sauvages chrétiens » et aux « sauvages alliés[49] ». Sur ce point, la politique française tranche avec celle des colonies anglaises, où les primes promulguées par les scalp acts étaient plus souvent qu’autrement destinées aux colons[50]. Chose certaine, des Franco-Canadiens adoptèrent l’usage amérindien et scalpèrent sans scrupules leurs ennemis. Et pourtant, les sources d’époque (anglaises autant que françaises) qui témoignent de ce phénomène sont plutôt rares[51]. De même, nous n’avons retrouvé aucun cas dans les annales de la Nouvelle-France où une prime fut promise ou remise à un colon ou à un soldat. Ces constatations porteraient à croire que le tabou contre l’adoption de cet usage autochtone était plus vif dans la société coloniale française que chez les voisins britanniques... si les commentateurs français qui rapportèrent cette pratique dans leurs écrits n’avaient pas excusé et loué la conduite de leurs compatriotes qui avaient adopté les méthodes de l’ennemi[52]. On peut donc supposer que c’est plutôt par souci d’économie et parce que le service militaire était obligatoire en Nouvelle-France — et non volontaire, comme dans les colonies anglaises — qu’on ne récompensait pas les scalpeurs blancs : les miliciens étant contraints au combat par la loi, il n’était pas nécessaire pour l’État d’animer leur esprit martial en déliant les cordons de sa bourse. Les administrateurs reconnaissaient cependant qu’on ne pouvait s’assurer la collaboration militaire indispensable des Premières nations qu’en entretenant les alliances et en courtisant les guerriers par la distribution de présents et d’indemnités, dans le cadre desquelles s’inscrivaient les primes.
En termes financiers
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L’ensemble de la documentation disponible permet une constatation inattendue : le prix payé par les autorités françaises pour les scalps demeura d’environ 30 livres pendant presque tout le Régime français et dans toutes les colonies[53]. Au cours de cette même période, le prix payé pour les prisonniers fluctua beaucoup plus, mais fut toujours de deux à quatre fois plus élevé : 60 à 140 livres[54]. Il faut bien entendu comprendre par ces sommes, plutôt que de l’argent sonnant, une valeur payée en diverses marchandises et fournitures : fusils, munitions, outils, couvertures, habillement, tabac, contenants de fer ou de cuivre, tissu, aiguilles et ainsi de suite. En comptant de telles marchandises à haut prix, les autorités parvenaient à faire quelques économies[55].
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À quelques reprises, on offrit plus que les 30 livres habituelles pour un scalp. On remboursa, par exemple, à l’abbé Le Loutre les 1 800 livres qu’il avait payées à ses ouailles micmaques pour 18 chevelures[56]. À part ce cas, les sommes plus importantes furent offertes dans des circonstances punitives, lorsqu’on avait mis à prix la tête d’individus ou de groupes considérés particulièrement dangereux pour la sécurité de la colonie. En 1751, pour encourager une expédition contre les Miamis rebelles, on promit de payer 100 écus pour chaque prisonnier remis au fort Détroit et 50 écus pour chaque chevelure[57]. Quelques années plus tôt, on avait offert en Louisiane une récompense faramineuse — deux pièces de Limbourg, 48 couvertures, 10 fusils, 4 livres de vermillon, 100 livres de poudre, 40 livres de balles, 40 chemises et quelques autres babioles — pour le scalp de Soulier Rouge, un chef chacta rebelle[58].
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Quoi qu’il en soit, de tels cas font exception, car sous le Régime français le taux de rémunération habituel demeura d’une trentaine de livres, indépendamment de l’âge ou du sexe de la victime. Cette régularité relative est encore plus étonnante quand on la compare à la complexité des scalp acts dans les colonies anglaises. La valeur d’une prime y était souvent déterminée en partie par l’identité de celui qui avait levé le scalp : on payait la plus basse somme aux soldats réguliers, une somme plus élevée aux miliciens volontaires qui recevaient une solde et la plus haute somme à ceux qui n’en recevaient pas[59]. De même, la valeur de ces primes dépendait habituellement aussi de l’âge et du sexe de la victime. Par exemple, on adopta au Massachusetts, dès 1696, une échelle de paiement « humanitaire » conformément à laquelle on ne payait rien pour des scalps d’enfants de moins de 14 ans... comme s’il était possible de distinguer avec certitude l’origine d’une de ces dépouilles[60]. À cet égard, la politique de prime française peut être considérée avec raison comme plus proche de la coutume amérindienne, selon laquelle le scalp de femme ou d’enfant avait autant de valeur que celui d’un homme puisqu’il démontrait qu’un guerrier, pour le prendre, avait pénétré jusqu’au coeur du territoire ennemi[61].
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Comme nous l’avons souligné plus haut, les sommes payées pour le rachat des captifs en Nouvelle-France furent toujours de deux à quatre fois plus élevées que celles remises pour les chevelures. Cet écart est représentatif de l’importance relative de ces prises de guerre aux yeux des Français et des Amérindiens. Pour les uns comme pour les autres, il était plus profitable de capturer que de tuer. Chez les Français, les prisonniers étaient considérés comme des « lettres vivantes » susceptibles de fournir après interrogatoire de précieux renseignements stratégiques sur l’ennemi[62]. En outre, ils avaient une valeur diplomatique, puisqu’ils pouvaient être remis en liberté en signe de bonne foi, ou échangés contre des ressortissants français qui avaient été capturés. La chevelure n’avait en revanche que l’avantage de démontrer qu’un ennemi avait été mis hors d’état de nuire ; comme prise de guerre, elle était donc moins estimée qu’un captif. Il en allait de même chez les Premières nations, mais pour des raisons différentes. Les femmes, hommes et enfants capturés à la guerre pouvaient selon les circonstances être intégrés à la tribu par adoption, gardés ou échangés comme esclaves, ou suppliciés pour satisfaire à des exigences spirituelles[63]. Néanmoins, malgré une préférence marquée pour ce butin vivant, il n’était pas toujours possible de faire parcourir à un ou plusieurs captifs les longues distances qui séparaient un parti du premier poste ami sans mettre en danger la sécurité des guerriers — la chevelure devenait dans ces cas-là une sorte de prix de consolation.
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La plupart des états de dépenses des colonies sont d’une utilité très réduite si l’on cherche à mesurer l’importance économique du phénomène des primes, car les sommes consacrées au paiement des scalps et des prisonniers sont habituellement comprises de façon implicite sous des titres plus généraux du genre « présents et indemnités aux sauvages » ou bien « sommes pour les sauvages alliés ». Dans les états du roi ainsi que dans les projets de fonds proposés à Versailles par les intendants, on a affaire à des désignations encore plus larges : « dépenses pour la guerre » ou « fonds pour la guerre et les fortifications ». Ainsi, la rareté des registres financiers suffisamment détaillés ne permet malheureusement pas de retracer avec précision la fluctuation annuelle des sommes affectées au paiement des scalps. Néanmoins, les quelques chiffres qui sont disponibles démontrent qu’elles furent relativement peu élevées en comparaison aux sommes payées pour le rachat de prisonniers, et encore plus faibles lorsqu’on les compare à l’ensemble des dépenses militaires. Par exemple, du mois de septembre 1746 au mois d’août 1747, en pleine guerre de Succession d’Autriche, on ne distribua à Montréal qu’une valeur de 1867 livres en paiement pour 56 chevelures, tandis que pendant la même période, 92 prisonniers furent achetés aux guerriers autochtones pour la somme de 12 686 livres[64]. À Québec, on paya 1 875 livres en 1746, puis 2 508 livres l’année suivante pour le rachat de prisonniers et de scalps, alors que les dépenses pour la guerre totalisaient 138 064 livres[65] ; de janvier à septembre 1748, on paya 826 livres 14 sols pour des chevelures, comparativement à 9 109 livres 4 sols pour le rachat de prisonniers anglais et pour l’achat d’esclaves amérindiens qui serviraient aux échanges de prisonniers[66]. Un facteur qui semble avoir permis de limiter les dépenses est qu’on ne payait pas, en règle générale, de récompense pour les scalps « quand il y a des gros partis de Français et Sauvages mêlés ensembles » et qu’on tâchait de « trouver des prétextes pour en payer le moins possible[67] ». Manifestement, les sommes consacrées à ces paiements n’étaient qu’une goutte d’eau dans la mare des dépenses militaires coloniales. Bien qu’elles aient fait rechigner la couronne (comme la plupart des dépenses coloniales, d’ailleurs), elles se révélaient économiques, puisqu’elles étaient bien inférieures à celles encourues lorsqu’on organisait des grandes expéditions « à l’européenne[68] ».
Fraudes et supercheries
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La politique du paiement des scalps donna naissance à toutes sortes de fraudes et de supercheries. On est allé jusqu’à prétendre que lorsque les autorités britanniques offraient des récompenses plus importantes que celles offertes en Nouvelle-France, les Canadiens achetaient des scalps pour les revendre à profit chez leurs voisins du sud[69]. D’autres historiens ont soutenu avec plus de sérieux que, dès la fin du xviie siècle, les autorités canadiennes commencèrent à soupçonner que certains de leurs alliés tuaient des autochtones amis et des habitants de la colonie dans le but de faire passer leurs chevelures pour des dépouilles ennemies et de recevoir ainsi une récompense qui n’était pas méritée[70]. Il va sans dire que seulement dans des cas exceptionnels pouvait-on deviner l’origine d’un scalp par son apparence : notamment, les chevelures rouges distinguaient « assez ordinairement » les habitants des colonies anglaises[71]. On comprendra donc que l’origine des dépouilles dont on leur demandait de récompenser la capture ait préoccupé les autorités coloniales. Aussi, un journal bostonnais rapporta, vers la fin de 1757 (tout en émettant quelques doutes quant à l’authenticité de ce fait), qu’on avait récemment cessé de payer les scalps à Louisbourg pour cette raison[72]. L’explication jusqu’ici proposée pour ce phénomène — c’est-à-dire que plusieurs Amérindiens, avides de primes, préféraient assassiner leurs voisins plutôt que d’aller combattre au loin — est insatisfaisante. Il faut plutôt y voir un signe que les guerriers ne se sentaient pas contraints, par l’offre de telles récompenses, à adopter les objectifs des gouvernements coloniaux. Aussi, si ce type de fraude fut plus fréquent chez les Britanniques et chez leurs alliés[73], c’est en bonne partie parce que ces premiers géraient leur réseau d’alliances avec moins de subtilité et de perspicacité que ne le faisaient les Français.
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Certains autochtones ingénieux, afin d’obtenir une récompense qui n’était pas méritée, imaginèrent la ruse de préparer de la peau de cheval de la même façon qu’un chevelure humaine[74]. Une autre supercherie, sans doute plus répandue, consistait à diviser un scalp en plus d’un morceau. L’exemple le plus célèbre provient des écrits de Bougainville, qui constata que le parti de guerre amérindien mené par le sieur Marin avait rapporté 32 chevelures, alors qu’on savait bien que les Anglais n’avaient eu que onze tués et quatre blessés : « d’une, ils savent en faire deux et même trois », remarqua-t-il dans son journal[75]. Les autorités cherchèrent à réprimer de tels abus en examinant de plus près les scalps avant de les payer et en ayant recours à des certificats de garantie que pouvaient faire les missionnaires, principaux habitants, ou officiers des troupes de la colonie qui accompagnaient très souvent les partis de guerre[76]. Or Bienville, lorsqu’il s’aperçut que ses alliés chactas divisaient leurs scalps, fut irrité et décida, afin de diminuer les dépenses et de mettre fin à ces abus, qu’on ne paierait ces dépouilles qu’en fonction de leur taille[77]. Diron d’Artaguiette rapporta à la couronne que l’ardeur guerrière des Chactas avait diminué en conséquence et critiqua sévèrement les mesures de Bienville[78]. On peut donc supposer que les autorités fermèrent très souvent les yeux, considérant qu’il était plus sage d’être indulgent — quitte à y perdre des marchandises d’une valeur de quelques livres — que risquer de blesser la sensibilité d’indispensables alliés militaires.
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Afin qu’on ne récompense pas plus d’une fois la prise d’une seule chevelure, les scalp acts des colonies britanniques stipulaient généralement que ces dépouilles devaient être remises aux autorités avant qu’un colon, soldat ou guerrier soit payé. Elles devaient ensuite être brûlées ou enterrées dans un endroit secret en présence d’un comité législatif ou judiciaire[79]. Ce que le sort réservait aux scalps en Nouvelle-France est malheureusement moins clair. Surtout, il ne faut pas sauter à la conclusion qu’ils étaient remis aux autorités[80]. Il est en effet fort probable qu’on ne saisissait pas les scalps afin de ménager la sensibilité des alliés et parce qu’on considérait que les officiers, missionnaires et habitants qui accompagnaient habituellement les partis sauraient prévenir les abus les plus graves[81]. Quelques indices appuient cette hypothèse, notamment le fait que plusieurs contemporains constatèrent que de nombreux scalps étaient pendus aux cabanes des villages d’Amérindiens domiciliés pour afficher la valeur des guerriers qui y habitaient[82]. L’ensemble des sources consultées dans le cadre de cette étude suggèrent que le guerrier n’avait, en temps normal, qu’à présenter sa prise pour obtenir une prime ; il ne l’aurait remis aux autorités qu’occasionnellement, en signe particulier de son dévouement à la cause militaire commune qui l’unissait aux Français.
Une politique contraire aux « loix de l’humanité » ?
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Tout porte à croire que la population des colonies françaises d’Amérique n’eut pas, en son ensemble, la conscience très troublée par la question du scalp et par la politique de primes. Cela s’explique en partie par le fait qu’à l’époque, les usages judiciaires français (et européens en général) étaient à bien des égards aussi violents et sanguinaires que n’importe quelle coutume autochtone[83]. Surtout, c’est au pragmatisme suscité par la précarité de la vie coloniale que l’on doit attribuer l’adoption de pratiques comme celle-là. Nombreux étaient ceux qui croyaient que lorsqu’on avait affaire à des gens qui usaient de pareils moyens lorsqu’ils faisaient la guerre, il devenait légitime de les adopter soi-même afin d’assurer sa propre survie. C’est ce qui fit commenter à des nouveaux venus aux colonies que « l’air qu’on respire ici est contagieux pour l’accoutumance à l’insensibilité[84] ». Si l’opinion de l’habitant moyen demeure conjecturale, l’attitude de certains milieux plus instruits est plus facile à saisir : la question du scalp ne manqua pas de soulever des protestations, mais celles-ci furent généralement bien moins vigoureuses qu’on aurait pu l’anticiper.
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Comme nous l’avons indiqué plus haut, les premières critiques furent formulées par les autorités métropolitaines dès qu’on les avisa de l’adoption d’une politique de prime. Or les objections de la couronne ne furent pas morales, mais plutôt financières. Le roi, tout en demandant à Frontenac et à Champigny d’user de « moyens moins onéreux à Sa Majesté » pour inciter les alliés à aller en guerre, leur recommanda d’encourager ceux-ci « à ne pas ménager des ennemis qui ne gardent aucunes mesures d’humanité, ny du droit des gens[85] ». Quelque temps pendant la Guerre de Succession d’Espagne, cependant, la politique de prime reçut l’approbation de la couronne. Si cette approbation se manifesta peut-être à l’occasion par des encouragements explicites, elle prit plus souvent la forme d’une tolérance tacite. En témoigne, par exemple, l’aise avec laquelle les officiers et les administrateurs coloniaux parlèrent des chevelures et des primes dans leur correspondance avec Versailles[86].
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Contrairement à la torture et à l’anthropophagie, le scalp fut considéré par de nombreux hommes d’Église comme un usage guerrier admissible. Chez certains, y compris Mgr de Saint-Vallier, on entrevoit cette tolérance dans la façon nonchalante dont ils font référence à cette pratique dans leurs écrits[87]. De leur côté, les missionnaires réprimandaient sévèrement le traitement inhumain des prisonniers et le cannibalisme, exhortant leurs ouailles à faire « légitimement, raisonnablement, et noblement la guerre ». L’abbé Maillard, missionnaire chez les Micmacs, expliqua qu’il fallait respecter les « loix de l’humanité » ; lorsque son ennemi demandait quartier, il fallait le lui donner et le faire prisonnier. Toutefois, ce clerc concéda que
s’il y a des cas où on soit comme nécessité à ne pas laisser vivre les prisonniers à qui on a fait quartier, c’est quand on ne le peut vrayment faire qu’à son préjudice ; alors quand on voit qu’il n’y a point d’autre parti à prendre que de s’en défaire, on les regarde comme un butin qui embarrasse, qu’on ne peut ni garder avec soi, ni transporter ailleurs sans courir évidemment risque de sa propre vie ; on se défait donc de ces gens-là, puisqu’il faut s’en défaire, par les voyes les plus simples, les plus courtes, et en même temps les plus douces[88].
Aux yeux d’un clergé missionnaire pour qui les intérêts militaires de la France et de ses colonies étaient indissociables de ceux de la religion
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